Affaire Polanski : la femme violée, éternelle menteuse ?

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Ce 14 novembre 2019 sortira le nouveau film de Roman Polanski, « J’accuse ». Amer coup du sort en ce 12 novembre : une sixième femme prenait la parole pour accuser le réalisateur de l’avoir violée et battue. Depuis, les médias oscillent entre cris de colères, appels au boycott, propos douteux des éditorialistes et personnalités diverses. Le tout dans un désordre qui semble perdre l’essence même de l’affaire : le viol. 

L’affaire

Au milieu de toute cette stupeur collective, on semblerait presque oublier que le début de l’affaire date de 1977. Le 10 mars de cette année-là, la mère de Samantha Geimer, alors âgée de 13 ans, portait plainte contre Polanski. Il est arrêté le lendemain aux Etats-Unis pour six motifs : avoir fourni une substance prohibée à une mineure, perversion, sodomie et viol, débauche et relations sexuelles illicites. 

Un seul chef d’accusation sera retenu à son encontre : les rapports sexuels illégaux avec une mineure. Il plaidera coupable, sera condamné à 90 jours de prison, et il sera libéré après 42 jours. Polanski fuira alors vers la France, et ne remettra plus jamais les pieds aux États-Unis. Le cinéaste nie toute allégation à son encontre. Les femmes ayant à ce jour dénoncé ses actes sont au nombre de 6, toutes âgées de moins de 18 ans lors des faits. La plus jeune avait 10 ans. 

Le traitement des victimes

Depuis, les réseaux sociaux débordent de propos plus que douteux. A l’époque, on accusa la famille de Samantha Gemier d’avoir poussé leur fille « dans les bras » du cinéaste pour lancer sa carrière. Aujourd’hui (2019, pour rappel, au cas où), les radios diffusent sans honte des propos tels que ceux d’Alain Finkielkrault, considérant qu’il s’agissait non pas d’une enfant, mais d’une « adolescente consentante ». Nous citerons également Nadine Trintignant qui défend le coupable bec et ongle, affirmant qu’il s’agissait « d’une erreur d’il y a 44 ans ». 

Collages Féminicides Paris

En parallèle, les débats tournant autour de questions telles que « faut-il séparer l’homme de l’artiste » ou « le consentement » fleurissent. Ce qui est certain, c’est que ces accusations auront permis aux intellectuels de développer toute une série d’opinions autour de thèmes divers et indirectement liés à la problématique. Mais aucun ne portera sur l’accusation directe : le viol.  Et c’est précisément dans cette tournure médiatique que doit se trouver l’énième preuve du sexisme structurel de nos sociétés, extrêmement présent dans le secteur de l’art.

La culture du viol

En remettant directement en cause la parole des femmes ayant parlé trop tard, en énonçant la possibilité qu’une enfant de 13 ans ait peut-être désiré une relation sexuelle, en questionnant les condamnations publiques, les opinions tournent autour de tout sauf de la parole des femmes et de l’acte en lui-même… Ces opinions brassent inlassablement la soupe nauséabonde de la culture du viol, selon laquelle nos sociétés sont tout simplement incapables de reconnaitre le viol comme un crime. 

Une culture du viol que les victimes aussi ont parfois réellement intégré, comme on le constate dans le livre de Samantha Geimer, « La fille. Ma vie dans l’ombre de Roman Polanski », dans lequel elle écrira : « il ne voulait pas me faire du mal. C’est le sentiment que j’avais. Mais il ne comprenait pas que c’était complément déplacé, que j’étais trop jeune. ». En 2019, donc, il semble socialement acceptable de considérer qu’un homme adulte « ne savait pas », mais qu’une enfant de 13 ans savait très bien. 

Alors que les victimes sont accusées d’avoir eu les pires pensées, le coupable est une fois de plus sur-humanisé et bénéficie d’un élan d’empathie inversement proportionnel à celle dont il a pu faire preuve, également par l’une de ses victimes. Au final, peu importe le crime, ne serait-ce pas la femme la coupable ?