Ce que le féminisme apporte aussi aux hommes

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En tant qu’homme, se positionner par rapport au féminisme n’est pas une mince affaire. Certains se sentent automatiquement ciblés, d’autres condamnés à s’excuser ou totalement déconnectés de la cause… Pourtant, les hommes ont toutes les raisons d’être eux aussi militants.

Une déconstruction nécessaire

Le féminisme est un mouvement de remise en question de la hiérarchisation historique, sociale, économique et politique de nos sociétés. Il mène donc naturellement à un électrochoc nécessaire. Pour la femme, cette prise de conscience a un gout d’autant plus amer qu’il lui fait prendre conscience de sa propre condition.

Pour l’homme, cet éveil est complexe, mais d’une autre manière. Il demande une déconstruction délicate : il aura à prendre conscience d’une position supérieure. Être un homme féministe, c’est avant tout réaliser qu’on a des privilèges. Il n’est pas question de les perdre ou de se les voir retirer, grande idée reçue au sujet du féminisme. Mais plutôt d’accepter le fait qu’il est possible non pas de baisser ses propres avantages, mais d’élever ceux du sexe opposé

Ecouter… et se taire ?

Pour opérer une transition féministe en tant qu’homme, il est nécessaire de faire l’aveux de son manque de connaissance. Non René, on ne vient pas de te traiter d’idiot. Il est juste évident que tu ne pourras jamais ressentir toute l’oppression et les discriminations que subissent les femmes toute leur vie, puisque tu ne les as jamais vécues (et tu ne peux pas). D’ailleurs, tu dois certainement te dire qu’on abuse quand on utilise des mots si durs. La preuve…

Tout l’enjeu serait donc d’être capable de dire « je ne sais pas ce que tu ressens, je ne peux pas le comprendre, et c’est pour ça que je vais t’écouter ». Une affirmation qui a deux conséquences positives. Elle permet d’accepter le fait que l’homme jouit d’une multitudes de privilèges, étape nécessaire à un éveil concernant le féminisme. Et elle efface aussi la barrière d’une possible « guerre des sexes » : écouter permet une discussion qui ne relèvera pas du débat, mais de la compréhension mutuelle.

A ce niveau, parler de féminisme, ce n’est pas un débat politique ou la défense d’une idéologie « contre » une autre. Il s’agit d’exprimer notre expérience, chose qui n’est pas discutable, parce qu’elle est vécue. Pourtant, beaucoup d’hommes considèrent que les combats n’existent pas, ce qui rend tout débat – et donc toute avancée – impossible. Une grande partie du problème se trouve donc dans cette aptitude à écouter, à donner du crédit à ce qui est raconté et à cesser de le minimiser.

Si l’écoute peut être vue comme la qualité de l’allié masculin, elle ne le limite pas au rang d’acteur passif. L’homme peut, lui aussi, devenir un militant actif, voire l’acteur d’une transition féministe conjuguée au masculin. Non seulement pour les intérêts des femmes, mais également pour les siens.

Le féminisme est aussi du côté des hommes

Le féminisme peut avoir bien plus de conséquences sur le quotidien des hommes qu’on ne peut le croire à la base. On visualise l’impact du mouvement sur la gent masculine avec un schéma à double entrée d’une simplicité absurde : il serait soit négatif (abaissement de ses privilèges), soit neutre (atteinte de l’égalité). En réalité, il y a tout un tas de nuances à ajouter à ce tableau, car le sexisme est complexe et bidirectionnel : il nous concerne tous.

Le terme « sororité » est repris dans beaucoup de mouvement féministe. Puisqu’il ne concerne que les femmes et ne semble pas adéquat à la valeur de l’égalité, a été proposé l’alternative « adelphité ». Un mot qui inclut aussi les hommes dans ce combat commun, puisqu’il signifie « fraternité entre frères ET soeurs ».

Le patriarcat impose aussi un rôle à l’homme, parfois inconfortable. Le féminisme milite autant contre le sexisme que contre la masculinité toxique qui est induite, et qui a des conséquences désastreuses. On citera par exemple le taux de suicide particulièrement élevé chez les hommes, qui ressentent l’interdiction d’exprimer leurs sentiments depuis leur plus tendre enfance (boys don’t cry).

Au rayon des joyeusetés que la société patriarcale impose à l’homme, on retrouve aussi la difficulté de se voir accorder la garde des enfants lors d’un divorce, l’injonction à ne pas montrer et assumer ses émotions, le jugement de valeur sur base de critères comme la force, la violence exacerbée entre les hommes, le sentiment constant des hommes de « ne pas être à la hauteur », etc. Déconstruire le patriarcat avec une perspective féministe, c’est mettre en lumière des inégalités qui existent dans l’autre sens : celui où les privilèges sont aussi un poids.

Un homme pourrait trouver dans le féminisme une meilleure santé mentale, une relation de couple épanouie et stable, une vie de famille plus heureuse et plus de sécurité dans l’espace public. Avec une perspective éco-féministe, vous ajouterez à cela une reconnaissance des problématiques liées au climat et des bienfaits pour la planète. Quel programme ! 

Etre un homme féministe : how to ?

Être féministe en tant qu’homme s’articule autour d’un grand nombre de paramètres : la prise de conscience surtout, l’écoute en plus. Mais votre féminisme s’épanouira également dans un tas d’actions qui, à leur manière, permettront un changement à long terme.

Accepter de parler de ses émotions, écouter une femme, éduquer son enfant sans carcan de genre, enseigner le respect, faire preuve d’empathie, de gentillesse, se renseigner, lire des articles à ce sujet (coucou !) sont autant de petits gestes qui permettront un changement non pas radical, mais sain et ancré dans la durée

Les femmes et les hommes devraient se sentir libres d’être sensibles. Les femmes et les hommes devraient se sentir libres de se sentir forts. Il est temps que nous percevions tous les genres avec une perspective qui n’opposeraient pas deux types d’idéaux.

Emma Watson