C’est quoi le problème avec la pub Nana, sérieusement ?

Blog post image

Ce matin, à la rédaction d’Influence, nous sommes cho-quées. Choquées de voir le tollé que provoque la nouvelle publicité Nana, la marque de protections hygiéniques. Choquées de voir à quel point une vulve représentée par un cake, un origami, un coquillage ou encore des fruits arrive à déranger.

Des réactions qui nous donnent envie de hurler

La publicité Nana déclenche des réactions en rafale, et certaines nous donnent la migraine. Les médias traditionnels se sont emparés de l’info, et des plaintes ont même été déposées au CSA (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel).

Pourtant, aucune vulve réelle n’est affichée dans cette publicité. Il ne s’agit que d’images et de représentations du sexe féminin. Aucun acte sexuel, aucune connotation pornographique n’est mis en avant. Mais la vulve est si sexualisée que nous n’avons pas l’habitude de la voir dans un autre contexte. Un contexte pourtant bien plus réaliste : celui des règles, de la découverte de soi, de l’acceptation de son corps. Et pourtant, tout le monde s’offusque.

Cette pub, elle dérange parce qu’elle montre ENFIN le corps de la femme, même si c’est de manière imagée. 50 % de la planète vit avec une vulve entre les jambes, et le tabou reste entier : la deuxième moitié ne sait pas à quoi elle ressemble dans la vraie vie, ni comment elle fonctionne.

Souviens-toi à l’école primaire, toi aussi tu étais capable de dessiner un pénis sans trop de problème ? D’ailleurs, tu en croisais fréquemment gribouillé sur les bancs de l’école, ou sur les murs des toilettes. Qu’en était-il du sexe féminin ? Perçu comme tabou, sexuel et trop complexe, on ne l’affiche pas.

La pub met clairement en image le problème d’éducation lié à ce tabou, quand on voit une jeune fille se regarder avec un miroir, et lorsque la professeure présente enfin un schéma de la chatte fidèle à la réalité. Tu vois, cette barbie avec laquelle tu as longtemps joué ? Rien ne te choque à son entrejambe ? #VulvaMissing

Une représentation qui peut paraître anecdotique, mais qui a créé tellement de questionnement dans la tête des filles. Apprendre à connaître son corps, à le comprendre et à vivre avec lui est un combat que nous avons toutes vécu, mais que nous n’avons pas à mener.

En France, une pétition a été lancée pour que le clitoris apparaisse dans les livres d’éducation et manuels scolaires. Le gouvernement s’est déchargé et n’a pas bougé le petit doigt, alors que 62 % des femmes ne savent pas définir correctement ce qu’est une vulve, et près de la moitié pensent que la leur n’est pas normale.

Si on pense aujourd’hui que notre intimité est dégradante, où va-t-on sérieusement ? Le fait que de nombreuses femmes réagissent de manière virulente à cette publicité montre à quel point le tabou est internalisé, même chez les premières concernées. Comment peut-on être choquées de notre propre anatomie ?

Tu te souviens de ce moment gênant où tu demandais un tampon à une copine de classe ? Ou quand tu courrais discretos aux toilettes en prenant soin de cacher ta serviette hygiénique ? Tout découle du même problème : un débat fermé, un sexe sacralisé, des esprits étriqués.

Merci Nana d’avoir soulevé le débat

D’abord parce que la pub représente toutes les femmes : tatous, vergetures, jeunes, âgées, minces, rondes… Et toutes les couleurs de peau ! Parce que pour Nana, « la seule vulve parfaite, c’est la vôtre ».

Avec cet article, In’fluence veut soutenir cette initiative, au-delà des produits que la marque vend, parce qu’elle a le mérite de donner un coup de projecteur sur l’enjeu social de ce tabou.

Nana avait déjà ouvert le débat en montrant du sang rouge dans ses publicités et non pas ce liquide bleu étrange. Ici, tout le monde s’offusque alors que quand c’est le sexe masculin qui est mis en scène, bizarrement, tout le monde en rit. Ha-ha-ha.

Remember, cette pub avec un graffiti pénis qui se balade ? Dans la team, elle a marqué notre adolescence, carrément. On la trouvait rigolote, voire mignonne. Alors qu’ici, le but des croquis est bien sexuel : rien de tout ça dans la pub Nana. Qu’en est-il du message ? Dans les deux cas, c’est de la prévention : l’une pour la lutte contre le SIDA, l’autre pour l’acceptation de soi et de son anatomie.

Et pour tout ceux qui utilisent l’argument des enfants, pour qui la vision d’une pub comme celle de Nana serait si choquante, rappelons-nous que celle-ci était diffusée à des heures de grande audience… Les réprobations autour de la pub Nana semblent donc un peu vides de sens.

Voir cette publication sur Instagram

Hier ma collègue de 30 ans « Tu as vu la pub Nana, ça montre des chattes, c’est honteux, ça se fait pas !!! » – Moi: tu as honte de ta chatte, de tes règles et de ton corps ? Elle «c’est gênant tout de même, ça se montre pas, ça doit rester caché et secret». Moi-🙄🙄🙄🙄🙄🙄🙄🙄🙄🙄pour une fois qu’une marque pour des protections hygiéniques ose parler du sexe de la femme et le montrer dans sa diversité, il faut que ça choque les femmes!! C’est fou non? En tous les cas moi j’ai trouvé ça vraiment super et j’ai apprécié de voir dans cette pub une serviette avec du liquide de couleur rouge et non pas bleu comme habituellement. Et ce qui m’a plu aussi c’est de voir une multitude de corps différents et une femme qui regarde son sexe avec un miroir. Parce que oui c’est important de connaître son intimité et de la regarder sans tabous. 👀👀 Alors a ma collègue j’ai envie de dire, débarrasse toi de la culture de la honte de ton sexe et de ton corps Que l’on t’a inculqué et vis ta vie de femme qui a un sexe, des poils et ses règles. #pubnana #vagina #regles #protectionhygenique #stopalahonte #proudofyou #yourbodyisyourtemple

Une publication partagée par L’AristoChatte (@aristo_chatte) le

Les points sur lesquels on reste sceptiques

On valide forcement toutes les initiatives qui alimentent le débat et le poussent dans le bon sens. Mais on regrette que tout cela soit instrumentalisé à des fins marketing. Pourquoi faut-il que les questions de société ne soient amenées que par des marques ? Ou en tout cas, pourquoi n’est-ce que dans ce cas qu’elles sont mises largement en lumière ? Alors que le combat pour une meilleure représentation de la vulve se mène déjà largement sur Instagram, et chez des artistes activistes…

Notons d’ailleurs que beaucoup accusent Nana de plagiat, leurs représentations de la vulve étant fortement inspirés de cette sphère artistique.

Il existe des tas de marques de protection hygiéniques qui sont plus éthiques et plus clean, et surtout qui défendent ces valeurs comme les bases de leur activité. Elles alimentent ce débat à des fins sociales, et non pas uniquement financières. Chez In’fluence, on se dit que dans le fond, on préfère soutenir ces initiatives-là.

Au final, que penser de cette pub ?

Il est important de la voir pour ce qu’elle est : une publicité, et un beau coup marketing. Mais cela n’empêche pas de célébrer cette avancée vers une représentation plus réaliste de la femme et de son quotidien. Car si de grandes marques se saisissent de ce combat, peu importe pour quelles raisons, elles le mettent en lumière. Et elles permettent aux initiatives qui se battent dans ce sens de continuer à le faire, et de réussir chaque jour un peu plus.