Collages Féminicides : une nuit avec ces femmes qui collent pour honorer la mémoire des victimes

Blog post image

Partout en France, en Belgique, des affiches contre les féminicides apparaissent sur les murs. Tu les as peut-être déjà aperçu en rue. Il s’agit de l’œuvre d’un mouvement spontané appelé « Collages Féminicides ». Reportage d’un soir avec ces femmes qui souhaitent attirer l’attention sur ces assassinats dont elles ne veulent plus. 

Immersion à leurs côtés

21 heures. Margaux, Odile, Clotilde et Valentine se sont donné rendez-vous sur une place très fréquentée dans le centre-ville de Liège. Objectif de la soirée : coller des affiches contre les féminicides en Belgique. Ce mouvement spontané de collages est apparu d’abord en France, où Margot, 21 ans, a pu participer aux actions avant de lancer l’initiative à Bruxelles et à Liège. Le but initial :  celui de mettre un nom sur les femmes assassinées par leur mari ou conjoint… 

Ce mercredi, six filles et un garçon se sont réunis plus tôt dans l’après-midi pour préparer les slogans à coller durant la soirée, quand il fera plus sombre. Comme c’est le cas depuis plusieurs semaines déjà à Liège. C’est ainsi que l’on a pu voir des slogans affichés tels que « Aimer =/ tuer », « Honorons nos mortes, protégeons les vivantes » ou « Je ne veux pas mourir ». 

Ellen, 37 ans, assassinée par son mari

Après quelques conseils échangés sur les endroits à coller ou à ne pas coller, le groupe, muni de pinceaux et de seaux remplis de colle se dirige vers le premier grand mur qui sera orné de collages. Ce soir, les noms des 16eet 17evictimes. « C’est une façon de leur rendre hommage, de mettre un nom et un âge sur un chiffre, c’est un devoir de mémoire », explique Clotilde.

« Ellen, 37 ans, assassinée par son mari. 17eféminicide ». Elles ont eu à peine le temps de terminer leur collage qu’elles se font interpellées par un groupe de trois policiers. Mince. Le collage est illégal car il est considéré comme étant une dégradation de l’ordre public. Le groupe fait profil bas. Il ne veut pas provoquer de conflits avec les forces de l’ordre, mais tente tout de même d’expliquer la démarche de ce mouvement honorable. Ce que deux des policiers – dont une policière – comprennent parfaitement. « La cause est compréhensible mais la manière dont vous le faites n’est pas légale, il s’agit d’une infraction à la loi. »

Le troisième est un peu plus coriace. « Et vous imaginez si celui qui râle sur les problèmes de parking se met lui aussi à coller ? On ne s’en sort plus après. » Sauf qu’ici, il s’agit d’un problème un peu plus grave. Juste un peu. « Ecrivez une lettre adressée aux autorités, ça aura plus d’impact vous pouvez le faire. » Ce n’est pas faute d’avoir essayé… Bref, c’en est terminé pour ce soir-là visiblement. Après récupération de nos cartes d’identité, les policiers nous demandent de rentrer chez nous. Il vaut mieux pour cette fois-ci car s’il s’agit d’un avertissement, le groupe risque une amende variable entre 70 et 140 euros s’il est à nouveau surpris en train de coller.

Le but, c’est que les collages restent un maximum de temps, qu’un maximum de gens puissent les voir et se poser des questions sur les 19 féminicides qui ont eu lieu en Belgique depuis janvier 2019. 19 femmes tuées. Par un être en qui elles avaient confiance. « Nous ne voulons plus compter nos mortes.

Margaux

Le combat continue

« Des revendications claires sont faites au gouvernement, précise Margaux. Par exemple, le temps d’attente pour qu’une femme victime de violences soit placée dans un foyer est trop long. Il faut y trouver une solution. Nous souhaitons également que les policiers soient formés à ce genre de situations. A l’heure actuelle, les agents ne croient pas aux victimes, les traitent pas ou en tout cas pas avec assez d’empathie. D’autant que 70% des plaintes déposées pour violence conjugale n’aboutissent pas. »  C’est énorme. 

Mais le mouvement de « collages féminicides », c’est avant tout un mouvement de réappropriation de la rue. « D’habitude, on ne se sent pas en sécurité dans la rue, on y a peur, on y subit du harcèlement, on n’ose pas se promener seule le soir malgré qu’il s’agisse d’un lieu public, explique Margaux. Moi, aujourd’hui, en collant ces affiches, je me sens forte, fière, je n’ai plus peur. Nous sommes presque toutes des femmes et, ensemble, on est fortes, solidaires. » 

On continuera. Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de femmes à honorer.

Pour les soutenir, rendez-vous ici.