Coming-out : le choix que j’ai fait, c’est celui d’être moi-même

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Aujourd’hui, 11 octobre, c’est la journée internationale du Coming-Out. On a décidé de te livrer le témoignage de Vincent, un jeune homme homosexuel. Découvre son histoire et le point de vue de sa meilleure amie qui a assisté à sa renaissance. Une redécouverte de soi-même bien plus profonde qu’une orientation sexuelle.

La frustration avant la libération

J’ai fait mon coming-out à l’âge de 21 ans. J’avais déjà révélé mon secret à ma meilleure amie vers la fin de mes secondaires, mais ce n’est que plus tard que je l’ai officiellement avoué à tous mes proches. Je dirais que le coming-out n’a commencé qu’à ce moment-là, quand tout le monde a su, et à partir du moment où j’ai pu vivre mon quotidien en accord avec ma personnalité. 

Mon coming-out s’est vraiment bien passé. Plus j’y réfléchis, plus je me dis que j’aurais dû le faire bien plus tôt. J’avais la chance de savoir que ma famille allait bien réagir. Mais personne ne réagit jamais de la même manière, et l’on ne peut pas prédire…

Certaines personnes préfèrent le faire en une fois. Moi, j’ai préféré me dévoiler à chaque personne individuellement, pour éviter ce moment un peu théâtral où tout le monde te regarde en attendant de savoir ce que tu vas dire…

C’était à une période où j’avais accumulé pas mal de frustration à cause de ce secret. Je vivais de plus en plus mal le fait de ne pas arriver à formuler mon aveu. Je suis devenu extrêmement désagréable avec mon entourage, sans le vouloir. C’est ce comportement qui a alerté ma meilleure amie, puis ma sœur, jusqu’à ma mère. Elle m’a donc invité au restaurant pour crever l’abcès. 

Arrivés au restaurant, ma super-maman déclare au serveur : « il a quelque chose à me dire, nous ne commanderons pas tant que ce ne sera pas fait ». Ok. Le ton est donné. Je lui ai dit que j’étais tombé amoureux d’un garçon, et que je savais que j’étais gay.

Elle a été très soulagée parce qu’elle pensait que j’avais mis une amie enceinte (how funny). Et c’était fait. Enfin, en partie. 

Le tournant de ma vie

Ensuite, il a fallu le dire à mon père. Le passage du père est toujours un peu plus complexe, parce que quoiqu’on fasse, le père est toujours la « figure virile » de la famille. Pour un homme gay, ça peut être dur à gérer. Au final, il a plutôt bien réagi malgré une certaine maladresse

Ça peut paraître hyper cliché, mais mon coming-out a été le moment pivot de ma vie. C’est à partir de là que j’ai pu commencer à vivre, pour du vrai, en accord avec ce que je suis. Me découvrir moi-même pour mieux me dévoiler aux autres.

J’ai fait la connaissance de toute une partie de ma personnalité que j’avais rangé dans une boite au fond de moi. Ça a été comme ouvrir la porte à un nouveau moi, qui avait tant de choses à m’apprendre.

Les gens qui m’ont connu « before/after » le confirment, je me suis ouvert au monde, aux autres. Je suis passé de l’adolescent sage et introverti au jeune homme épanoui et expressif que je suis maintenant. 

Un coming-out, c’est la rencontre de soi-même. Ça parait super philosophique, mais je ne peux pas le résumer autrement. Avant ça, certains (comme moi) ont tendance à renier toute une partie de leur personnalité, qui ne demande qu’à s’exprimer et briller. Ce que je suis aujourd’hui, c’est grâce à cela en partie. 

La découverte de mon homosexualité peut se résumer en plusieurs phases : d’abord, à la puberté en général, on découvre cette facette de notre personnalité, on doute mais on se dit que ce n’est rien. Ensuite, vient l’acceptation, où on tentera tout de même d’essayer de gérer et cacher. Ensuite, c’est une explosion (pour moi, c’était le fait de tomber amoureux). La dernière phase, c’est celle où on s’assume devant le monde. Et même si elle peut s’avérer plus complexe pour certains, elle promet de très belles choses.

Se lancer et apprivoiser les réactions

Si je devais donner des conseils à quelqu’un qui veut se lancer, ce serait d’en parler d’abord avec les gens dont on est relativement sûrs de la réaction, ou des gens qui ont vécu une situation similaire. Trouvez un soutien premier et direct. Évidemment, j’ai eu beaucoup de chance, et évidemment toutes les situations sont différentes.

Je dirais qu’il faut faire confiance, et ne pas se braquer sur une éventuelle première impression négative. Mon père avait par exemple fait un rapprochement douteux avec ses expériences sexuelles de jeunesse. Il n’y avait aucun rapport, mais il a fait du mieux qu’il pouvait avec ce dont il disposait à l’époque. 

Souvent pour les parents, le premier réflexe est de s’attrister sur le fait qu’il n’y aurait possiblement pas de petits-enfants. De nos jours, tout est possible. Au final, ce n’est qu’une peur première, et on passe facilement au-dessus. 

L’issue de tout cela, c’est une redécouverte de soi-même si belle qu’elle me donne encore des frissons. Au final, je souhaiterais à tout le monde de pouvoir faire un coming-out d’une certaine manière !

Vincent, 25 ans

Le point de vue de sa meilleure amie, Chloé

Je me souviens de Vincent avant son coming-out. C’était globalement le même mais moins expressif, plus « hétéro ». J’étais même potentiellement intéressée par ce charmant jeune homme distingué avec lequel je me voyais très bien passer de douces soirées à boire du vin et parler de politique avec de la musique classique en fond. Un peu le style « gendre parfait ». 

Après son coming-out, on a découvert toute une facette de sa personnalité. Au début, ça a été une véritable explosion. Comme si on l’avait toutes ces années enfermé dans un moule trop petit pour lui. Pendant un temps, c’était une véritable boule d’expressivité qui se décalait fièrement des schémas de genre. Par la suite, il s’est stabilisé pour juste devenir parfaitement lui-même. 

Une chose qui m’a marqué, c’est sa façon de danser. Avant, il dansait de manière très introvertie (genre je fléchis les genoux sur le rythme de manière plus ou moins assurée). Après son coming-out, il est devenu un super danseur ! Ça m’a fait réfléchir à la pression qu’il y a sur les hommes hétéros à gérer leur corps, et bloquer leurs mouvements. 

Ce n’était pas seulement une libération psychologique, c’était une libération du corps autant que de l’esprit, dont on devrait peut-être tous·tes s’inspirer !

Quand te dévoiler ? Ta décision

Vincent et Chloé racontent leur histoire. Celle d’un coming-out qui s’est déroulé en douceur, dans l’acceptation de l’autre et de ses choix. Mais tous les coming-out ne se passent pas aussi bien. Entre surprise, refus et déni, les souffrances causées sont difficiles à accepter.

La réaction des autres ne dépend pas de toi, et tu n’es pas responsable de leurs jugements, qu’ils soient positifs ou négatifs.

Tu as d’ailleurs peut-être le sentiment qu’un coming-out, comme pour les hétérosexuels, devrait se faire naturellement. Tout n’est qu’une question d’acceptation et d’ouverture d’esprit, et des mentalités.

Dans le film « Love, Simon« , les acteurs ont tourné ce moment fatidique en dérision pour montrer à quel point tu ne devrais pas avoir à le dire.

Le coming-out doit par ailleurs se faire quand tu te sens prêt(e). Si tu hésites encore à te lancer, ou que tu as une expérience à nous confier, écris-nous ! Nous lirons avec attention ton histoire qui mérite d’être racontée (hello@in-fluencemagazine.be).