Comment le marketing de la Saint-Valentin crée une honte du célibat

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Tu ne vois sûrement QUE des pubs et articles sur la Saint-Valentin ces derniers jours. On a beau savoir que cette fête est commerciale, on ne peut pas s’empêcher de faire le point sur sa vie sentimentale. Le tout accompagné d’une bonne vieille déprime du célibat. 

« 5 astuces pour ne pas déprimer à la Saint-Valentin », « la Saint-Valentin, un mauvais moment à passer pour les célibataires », « top des activités à faire quand on est seul à la Saint-Valentin »… Je ne compte plus les titres de ce type qui défilent dans tous les médias à l’approche de cette fête. Comme si le célibat était une véritable tare, et qu’il était venu le jour de le crier haut et fort. La Saint-Valentin délie les langues et fait ressortir ce cliché fortement ancré que sans couple, tu as forcement raté quelque chose dans la vie. 

Comme si les repas de famille n’avaient pas déjà fait leur boulot, à coup de « alors, quand est-ce que tu nous ramènes quelqu’un? », voire même « il serait temps de fonder une famille », la Saint-Valentin retape sur le clou. Et elle trimballe avec elle son lot de stéréotypes normatifs qu’il est temps de déconstruire. 

Une fête normative 

Ce que représente la Saint-Valentin, c’est bien plus encore que l’obligation du couple, et donc l’échec de ceux qui n’en ont pas. Cette fête rappelle surtout la vision que la société a du couple, fermée et hermétique : un homme, une femme, un foyer. Le marketing ne fait que le prouver, en proposant chaque année des cadeaux de plus en plus genrés, pour lui, pour elle. 

Derrière cette pression à la vie amoureuse, on retrouve aussi l’idée bien établie qu’une femme a besoin d’un homme pour subvenir à ses besoins de toute sorte, et que sans homme, elle est forcement perdue. Le célibat est un danger, une erreur culpabilisante, parce qu’il représente l’échec de la raison d’être de chaque genre. Pour l’homme, protéger et être fort, pour la femme, séduire et servir. 

Et si, cette année et toute les suivantes, on ne laissait plus la Saint-Valentin nous imposer ces stéréotypes de genres et ces idées arrêtées ? 

Je ne suis pas une « moitié » de quoi que ce soit 

La Saint-Valentin te rappelle avec brutalité que sans couple, tu n’es pas « complet ». Comme si l’épanouissement se faisait nécessairement par la recherche de l’approbation de l’autre : on ne pourrait se construire que grâce à autrui. On ne se suffirait plus à nous-mêmes. On serait contraints d’aller chercher ce qui nous manque ailleurs, de combler ce vide de l’extérieur. Une vision de complémentarité qu’il ne semble plus nécessaire de remettre en question…  

Cette définition du couple est extrêmement dangereuse, car elle suppose une dépendance affective malsaine, et c’est tout l’inverse de ce qu’une relation amoureuse est censée apporter. C’est aussi faire peser sur les épaules de l’autre notre propre malêtre et avoir des attentes bien trop élevées. Il y a aussi dans cette situation un risque de soumission, car l’autre détient soudain la clé de notre bonheur et devient maître de nos ressentis

Nous gagnerions tous à voir notre vie sentimentale comme un bonus plus agréable que crucial, comme un choix qui convient à certains et pas à d’autres. Nos vies n’ont pas à être conditionnées par des histoires d’amour. Et la Saint-Valentin n’a pas le droit de nous réduire à ces deux clans, célibataires VS en couple, comme si l’être humain n’avait pas bien plus de facettes que ces deux catégories étriquées.

Le célibat fait peur

La Saint-Valentin existe pour te faire honte, toi, pauvre célibataire. Mais elle cache un phénomène bien plus grand : celui de la peur du célibat. Etre seul est incompréhensible dans une société qui nous pousse à la vie en couple.

Choisir de l’être fait donc de toi quelqu’un d’indépendant et de potentiellement dangereux. Tu bouscules les normes, tu ne te plies pas à ce qu’on tente de t’imposer. Tu fais peur aux couples qui se complaisent dans leur co-dépendance (et si tu risquais de briser leur ménage?!), tu génères des interrogations sur ton passage qui te permettent de remettre en question des clichés sexistes (« non mamy, je ne suis pas malheureuse et je n’ai pas raté ma vie »), en bref, tu es diruptif.

En ce sens, il y a de quoi faire du célibat une fierté car il permet de redéfinir la société dans laquelle nous voulons vivre. Pour la Saint-Valentin, et pour tous les autres jours.