Coronavirus : les femmes en première ligne

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Si la crise que nous traversons est plus volontiers qualifiée de « sanitaire », elle n’en est pas moins politique, économique et médicale, mais aussi profondément sociale. Avec une première victime collatérale : les femmes.

« Nous sommes en guerre ». C’est avec ces mots qu’Emmanuel Macron clôturait son discours à la nation, alertant quant au danger que représente le coronavirus. En Belgique, changement de ton, notre Première Ministre, Sophie Wilmès, clôturait la conférence de presse sur ces paroles : « Prenez soin de vous, prenez soin des autres ». La pandémie toujours d’actualité, il n’y a pas lieu de se refuser à, déjà, commencer l’analyse d’une crise globalisée.

Guerre et empathie, carcans de genre personnifiés 

La plupart des courants féministes partent d’un postulat : le genre est une construction sociale. Celle-ci amènera les femmes vers des personnalités plus empathique, plus posées, « maternelles ». Mises en comparaison, les paroles de nos chef·f·es d’État semblent cristalliser cette différence de genre. Faisant appel au champ lexical de la guerre, le Président Macron mobilise un imaginaire profondément masculin, une allégorie de la virilité. 

Et pourtant, en regardant les faits, être contraint·e·s à rester chez soi, entre son canapé et son bureau, semble bien éloigné des réalités de pays qui sont, eux, réellement en guerre. Nous penserons à la Syrie, où les bombardements crient encore. Et pourtant, il fallut que le Président choisisse ces mots dans le but d’unir la nation envers un objectif commun, la lutte contre la propagation du covid-19. Un choix lexical qui n’est pas sans lien avec le contexte politico-historique de la France. Marquée par plusieurs révolutions, la nation française ne saurait donc cultiver sa citoyenneté qu’au travers de l’ennemi commun. C’est en tout cas ce que les mots laissent imaginer. 

De l’autre côté de la frontière, la Belgique voit un tout autre scénario se dessiner. La Première Ministre « en intérim », ne se parera de rien d’autre que de raison pour annoncer les mesures de confinement. Avec juste ce qu’il faut d’émotion pour unir un État. « Prenez soin de vous, prenez soin des autres », voilà le mantra qui rythmera les actions belges pour ces prochaines semaines. 

Les femmes sur le front

Notons également que malgré cet appel à un imaginaire profondément masculin, les femmes sont en première ligne pour affronter l’épidémie. Selon la revue scientifique médicale britannique The Lancet, « 90% des soignant·e·s de la province du Hubei (région la plus touchée par le coronavirus en Chine) sont des femmes ». En France et en Belgique, ce pourcentage oscille entre 70 et 90% pour les soignant·e·s, infirmier·ere·s et aides-soignants, métiers considérés comme pénibles et relativement sous-payés par rapport à leur apport à l’intérêt général. Un pourcentage factuel dont le Premier ministre français n’a semblé s’importuner que pour parler des vendeuses et des caissières…

Charge mentale et violences

Le confinement est par ailleurs le miroir grossissant des inégalités sociales de nos régions. La fermeture des écoles ne pourrait apporter qu’un partage des tâches utopique, et le risque pour les femmes de s’approprier, par réflexe, le programme scolaire de leurs enfants est bien présent. 

Ajoutons que les portes du foyer fermées, c’est un risque de plus pour toutes les femmes victimes de violences conjugales (numéro d’écoute 3919), la promiscuité liée au confinement mettant les victimes dans une situation proche de leur agresseur tout au long de la journée. Comme le souligne la Présidente de la Fédération nationale Solidarité Femmes, Françoise Brié : « Le victimes craignent leur bourreau et nous contactent presque toujours quand elles sont seules. » Le numéro d’urgence enregistre d’ailleurs moins d’appel depuis le début du confinement, ce qui serait loin de signifier une baisse de violence…

Des éléments qui nous rappellent qu’il sera nécéssaire de garder l’oeil ouvert et le bras levé tout le long de la pandémie, et ce sur tous les niveaux de crises qui se profilent dans nos sociétés.

N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant.

Simone De Beauvoir