Draguer en fonction de l’ethnie, une nouvelle forme de racisme

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Depuis la nuit des temps, la femme s’est vue assigner de nombreux critères de beauté. Elle devait être ronde, et puis un peu moins, jusqu’à en devenir très mince, puis à nouveau légèrement ronde. A l’heure actuelle, les hommes ont leurs préférences et celles-ci vont souvent de pair avec certaines origines ethniques. A tel point que l’on peut parler de négrophilie, d’orientalisme ou encore de fièvre jaune. Explications.

Une attirance mal placée

Lorsqu’on rencontre une personne dans un cadre amical/professionnel ou de séduction, on s’attend dans la plupart des cas à ce que celle-ci s’intéresse à qui on est, à ce que l’on fait dans la vie, ce que l’on aime, ce qui nous passionne, à notre personnalité. Or il arrive aussi parfois, et même souvent dans mon cas, que cette même personne s’intéresse plus à mes origines, à ce qui les caractérise, qu’à la personne que je suis réellement. 

En tant que personne d’origine orientale et de couleur de peau basanée, j’ai pu moi-même le constater : « D’où viens-tu ? », « quelle est la signification de ton prénom ? », « je suis déjà allé une fois dans un hôtel all-in à Antalya ». Ah oui, sauf que moi, je ne viens pas du tout de là. Bref, le décor est planté.

Rapidement, tu te rends compte que ce qui l’intéresse encore plus que ton origine, – car on pourrait croire qu’il s’agit d’une personne tout simplement curieuse – ce sont les caractéristiques physiques propres en général au pays dont tu es originaire. Attention, c’est là que le bas blesse.

Dans mon cas, on va parler d’« orientalisme ». Il s’agit en fait pour un homme ou une femme d’être attiré de manière exagérée par le corps des femmes et des hommes (parce que oui, ça existe aussi) originaires de pays d’Orient. « Les filles de ton pays sont vraiment magnifiques », « tu as un très joli teint, tu sais les européennes elles paient pour avoir cette couleur de peau », « tu as des lèvres pulpeuses », « tu devrais mettre tes formes plus en avant », « tu ressembles à Pocahontas ». 

Il faut se mettre d’accord sur le fait que ces compliments n’en sont clairement pas. Il s’agit même d’une certaine forme de racisme sous-jacent, même si son auteur ne le reconnaît pas ou ne s’en rend pas compte. Le pire, c’est quand ils se mettent à t’appeler par des surnoms – d’animaux, forcément : tigresse, lionne, gazelle, et j’en passe. #Exotisme, tu nous colles à la peau. 

Nous constatons le même phénomène avec les filles de l’Est qui sont souvent appréciées pour leur teint blanc ou encore avec les filles asiatiques, phénomène bien connu également sous le nom de « fièvre jaune ». Petite pensée pour Yann Moix et les femmes asiatiques – de moins de 50 ans, bien sûr –  qu’il apprécie fortement. Après des déclarations comme les siennes, il ne faut plus s’étonner de voir des tonnes d’hommes se rendre seuls ou en groupe en Thaïlande pour un certain type de tourisme en particulier. 

La tendance pour le moment est à la négrophilie. La négrophilie consiste à érotiser et fétichiser les corps des personnes noires, en particulier celui des femmes noires, qui relève de l’obsessionnel. On sait plus ou moins tous ce que représente le phénotype de la femme noire : lèvres pulpeuses, poitrine forte, hanches volumineuses, un corps en forme de sablier qui visiblement en fait rêver plus d’un. C’était déjà le cas lors de l’époque coloniale quand les maîtres couchaient de force avec leur servante noire alors que leur épouse dormait paisiblement dans le lit conjugal. 

L’exemple de longue date le plus frappant est celui de la Vénus Hottentote (appelée aussi Swatche ou Saartje Baartman), une femme noire née vers 1788 en Afrique du Sud. Elle était exhibée dans des « zoos humains » en Europe pour son large postérieur devant un public affolé qui se réjouissait de la toucher. Elle est ensuite devenue un objet sexuel lors des fêtes privées de l’aristocratie. Elle a même fini par être étudiée par des scientifiques de l’époque pour « son hypertrophie des hanches et des fesses et pour ses organes génitaux protubérants ». 

La fascination des Européens pour le corps des femmes noires ne date donc pas d’aujourd’hui, même si elle ne se reflète pas de la même manière à notre époque, et même si certains hommes ne cachent pas vouloir à tout prix coucher avec une femme noire, comme on peut le voir sur le compte Instagram @maisnoncestpasraciste. Pour certains, il s’agit même d’un « palmarès », d’un challenge lancé entre copains. La coupe à celui qui aura la plus belle proie ! Qui pourra cocher la case « femme noire », « femme latine », « femme arabe » dans son listing ? Ca donne clairement la nausée.

La sexualité exacerbée

Dans l’imaginaire collectif, les femmes de couleur sont plus sauvages que les femmes dites blanches. Et donc forcément, cela ferait référence à une sexualité débridée, sans tabou et à l’excès. C’est en ce sens que certains hommes rêvent de coucher avec les femmes de couleur car ils pourraient réaliser tout type de fantasmes avec celles-ci, alors que cela ne peut être le cas avec des femmes qui sont considérées plus sages et donc plus respectables. On est d’accord, ce fétichisme déborde de stéréotypes….

Tout comme les hommes, les femmes blanches peuvent elles aussi être attirées uniquement par des hommes noirs car elles se font une certaine idée de leur appareil génital. Poussons le bouchon encore plus loin : sur les réseaux sociaux, des tas de filles expriment leur désir d’être avec une personne noire pour avoir un magnifique enfant métisse aux yeux bleus et avec une énorme touffe de cheveux bouclés. C’est hallucinant. Vraiment.

Conclusion : pourquoi c’est grave

Le phénomène est grave. Très grave. Car il s’agit d’apprécier quelqu’un, d’être attiré par une personne non par pour qui elle est réellement, mais pour des attributs physiques qui relèvent presque d’un fétichisme. Détrompez-vous, ce n’est pas équivalent à « aimer plutôt les brunes que les blondes » ou l’inverse. Il s’agit ici purement de discrimination, voire de racisme. Il suffit simplement d’écouter les témoignages de personnes subissant ce genre de traitement pour comprendre qu’elles sont très loin de l’apprécier…