Faut qu’on parle : Je déteste le Nouvel An

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Chaque année à la même période, ma messagerie se noie sous le tsunami annuel des « Tu fais quoi pour le Nouvel An ? ». Au milieu de l’enfer du blocus, je vois un certain luxe à pouvoir répondre « Sorry, j’étudie ». Mais je sais que ça ne durera pas. La vérité, c’est que je déteste le Nouvel An, et je t’explique pourquoi. 

L’injonction à s’éclater

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Le truc, c’est que ces messages visant à me demander ce que je fais pour le Nouvel-An se fichent pas mal de ce que JE fais pour le Nouvel-An. La question c’est plutôt : « Est-ce que tu as un plan pour que je puisse craquer sous la pression sociale qui m’oblige à m’amuser ce soir-là ? ».

J’ai moi-même longtemps été de la partie, visualisant l’idée de passer un Nouvel An seule comme l’apothéose d’une vie franchement triste. Je n’aurais même pas imaginé pouvoir un jour écrire ces lignes ou répondre tranquillement « J’étudie, je m’en fous ». Sacrilège, elle s’en fout ! 

Dans notre jeune temps, la soirée du Nouvel An se présentait soit comme la seule autorisation de sortie de l’année, soit comme un énième refus parental. De ces deux points de vue, cette soirée faisait rougir d’envie n’importe quel·le adolescent·e. Sauf que, maintenant, je sors quand je veux. Et cette liberté de l’âge adulte a probablement volé une bonne partie de sa magie à la Sainte-Soirée

La vérité, c’est qu’étant donné que je décide toute l’année si j’ai envie de me tamponner au mousseux avec des talons de 10cm un mercredi soir, l’idée de DEVOIR le faire me paraît franchement fade. Parce qu’au milieu des tous ces messages qui me souhaitent de passer un joyeux réveillon, personne ne me souhaite de passer une réelle bonne soirée, de celles qu’on n’avait pas prévues, celles dont on se souvient, celles qui en valent le mal de crâne du lendemain. Et pourtant, cette soirée du solstice d’hiver représente l’un des plus grands cérémoniels de l’année, codifiée, ritualisée à l’extrême depuis la nuit des temps. Sauf que je m’en fous. 

 Ce que j’ai envie de faire, c’est rien, et j’aimerais qu’on me foute la paix. 

Peut-être que c’est juste cette année, ou peut-être que mon truc c’est de passer minuit devant la télé avec Patrick Sébastien enfournée dans un plaid avec une pizza. Ou peut-être que je déteste le nouvel-an par pur snobisme, que je trouve ça beauf et que mon intellect ne supporte pas l’idée d’un enterrement avec des rires teintés d’hypocrisie et de champagne. Qui sait.

C’est quoi tes bonnes résolutions ? 

En plus de l’injonction à t’éclater ce soir-là, tu seras également invité·e à présenter formellement tes bonnes résolutions pour l’année à venir. 

Comprendre : tu fais forcément quelque chose de mal dans ta vie, et tu es prié·e de nous arranger ça illico presto. Cherche bien, tu es forcément un peu trop gros·se, un peu trop maigre, un peu trop con·e, pas assez ceci ou trop cela. Tu vas quand même pas être satisfait·e de toi espèce de monstre ?

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S’enchaîneront alors les post sur les réseaux sociaux, à la fois déterminés et profondément maquillés par le déni : le nouveau rituel du jogging du dimanche, le nombre de jours sans cigarettes, l’apprentissage d’une langue, les courses au marché bio et j’en passe. Que l’on s’entende bien, ces résolutions sont géniales. Mais il y a quelque chose qui me dérange profondément dans l’idée que l’on pose une date de péremption à ma personne, l’idée que je devrais forcément redoubler d’efforts pour être une meilleure version de moi-même

Avec du recul, les bonnes résolutions forment le plus grand spectacle de notre société. C’est une pièce de théâtre un peu cringy dont on redemande chaque année, où chacun·e endossera le rôle du coach sous-titré aux citations motivantes le temps d’une représentation, pour tous revenir à la normale deux semaines plus tard. #nopainnogain. 

Minuit, l’heure du diable

Minuit sonne. Cris, joie, et…câlins.

BEAUCOUP

TROP

DE

CALINS

BORDEL

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Sérieusement, après cet interminable compte à rebours jusqu’au fameux « BONNE ANNÉEEEEEE », je n’ai qu’une envie, c’est me planquer dans les toilettes en attendant février. Et pour cause, si je me trouve dans une zone fortement fréquentée, les prochaines secondes auront des allures d’enfer pour les gens comme moi, à savoir ceux qui ne sont pas tactiles.

Une marée humaine légèrement (ou très) alcoolisée me saute dessus, tendant leurs joues roses et moites si j’ai de la chance, les deux bras grands ouverts si le destin a voulu que je souffre.

Une fois, deux fois, dix fois jusqu’à avoir fait le tour de la pièce. Avec forcément un ou deux Renés à la chemise tachée par la sueur qui en profiteront pour me coller des bises bien plus longues que ce que les normes sociales ne tolèrent et parfois pour me poser les deux mains sur les hanches, parce que sinon c’est pas drôle.

Ne vous méprenez pas, j’aime bien les gens. Vraiment. Mais je les aime à une distance raisonnable qui respecte la délicatesse de mon espace personnel et qui ne permet pas de renifler leur haleine alcoolisée. Mais le Nouvel An s’en fiche de ça. 

En conclusion, et dans une manoeuvre presque politique visant à porter les voix de tous ceux qui se perdent dans les injonctions sociales, j’annonce publiquement que je n’aime pas le Nouvel An et que je ne ferais donc rien ce soir là. Ok, je suis peut-être un chouya drama-queen.

Et je vais kiffer ça dans mon plaid.

Bonne année <3