Football féminin : une ode au féminisme ?

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Ce dimanche, les Etats-Unis et les Pays-Bas étaient en finale de la coupe du monde de football féminin. Non, ne partez pas ! Ici, pas de résumés, d’analyses, de commentaires de match. Et si on essayait de comprendre un peu. Comprendre l’engouement inattendu pour cette compétition féminine, aussi bien des nanas que des mecs qui, pour cette grande finale, avaient réservé le canapé. Delara, Justine et Shana, nos trois rédac’s, vous confient leurs points de vue.

Delara : so why ?

2019 a connu beaucoup de drames, mais 2019 consacre également la montée en puissance du pouvoir médiatique des débats concernant l’égalité des sexes, avec des thématiques aussi diversifiées que l’avortement et le football. Mais d’où vient cet engouement soudain pour la pratique féminine du foot, au-delà de son apport logique aux débats féministes ? 

Tout commence en France, en mai. L’équipe nationale féminine pose ses crampons sur le domaine de Clairefontaine, zone officielle d’entrainement des équipes nationales française, pour préparer son match de la Coupe du monde, le 7 juin. Sauf que les joueuses vont se voir gentiment proposer de déménager, car l’équipe masculine y posera ses valises pour préparer son math du 2 juin. Favoritisme ostentatoire, d’autant plus en sachant que le fameux match de l’équipe masculine n’était en réalité qu’un match amical. Par ce geste, les directeurs posent à haute-voix ce que tout le monde taisait « le football féminin, sous un sous-genre du foot ». Il n’en faudra pas plus pour allumer un incendie, et tant mieux. 

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« Une fille qui fait du foot, c’est un garçon manqué » « Un garçon manqué » Cette expression est vraiment incroyable. Manqué, vraiment ? Ç’aurait DÛ être un garçon ? Comme si certains intérêts, certaines passions étaient propres à un sexe 😤 Ce type de commentaires ne mène absolument à rien, à part briser les rêves d’une petite fille ou la faire complexer sur qui elle est et ce qu’elle aime. Vous n’avez pas à avoir honte de qui vous êtes. Vous n’avez pas à avoir honte de vos passions, que ce soit dans la musique, le rugby, ou encore le tricot. Si on dictait moins aux filles et aux garçons le comportement qu’ils doivent suivre, si on leur laissait la possibilité de se construire comme ils le souhaitent, alors on ferait face à beaucoup moins d’inégalités. Alors bravo à toutes les personnes qui défendent ces valeurs, et bravo aux footballeuses qui nous ont inspiré pendant cette coupe du monde 🏆 Quels stéréotypes vous énerve particulièrement ? 📸 @fredstauffer ___________________________________ « A girl playing football is a tomboy » « A tomboy » In French, the traduction is « a missed boy ». Missed, really ? It should have been a boy ? As if some interests, some passions, were specific to male or female 😤 These types of comments lead nowhere, except breaking a little girl’s dream or make her feel insecure about who she is and what she loves. You don’t have to feel ashamed about who you are. You don’t have to feel ashamed about your passions, whether it is music, rugby, or knitting. If we did not tell girls and boys how to behave, if we gave them the possibility to build themselves as they want, we would be dealing with much less inequalities. So bravo to anyone defending theses values, and bravo to all the football players who inspired us during this world cup 🏆 Which stereotypes annoy you most ? . . . #coupedumonde #womenempowerment #girlssupportgirls #cettesemainesurinstagram

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En parallèle, la meilleure joueuse féminine mondiale, Ada Hegerberg, prend la décision de boycotter cette coupe du monde pour manifester son ras-le-bol des inégalités de traitement entre les sexes dans la discipline (des salaires à 6 chiffres pour les hommes, manque de reconnaissance, de prise au sérieux, d’investissement, de matériel). C’est elle-même qui avait reçu le ballon d’or en 2018 (première femme à être décorée de ce prix) et avait vu Martin Solveig lui demander « Vous savez twerker ? » alors qu’il lui remettait le prix. Vous avez dit « ras-le-bol » ? Cet enchaînement aura en tout cas permis d’ouvrir le débat et la médiatisation de l’évènement de la Coupe du monde féminine, née en 1991, mais découverte par le monde en 2019.

Justine : j’ai maté le foot avec mon mec

Oui, oui. Et je vous avoue que j’aime encore bien regarder un petit match de temps en temps… quand je comprends l’enjeu. Et dans le cadre de la coupe du monde, autant vous dire que je n’ai absolument rien suivi. Pour Florian par contre, l’enjeu était au rendez-vous. Incollable en football, mais surtout parce qu’il a l’oeil, je l’ai laissé commenté les actions en direct.

Très vite, il m’a expliqué pourquoi le football féminin avait un intérêt : il y a du jeu, de la technique, même si certaines actions ont du mal à se concrétiser. Les rencontres sont soutenues, il y a du mouvement, de l’intensité, des duels. Bref, niveau jeu, ces nanas font le boulot ! Parce que n’oublions pas que le terrain est le même que pour les hommes, la durée des matchs, la taille des buts et du ballon aussi. Alors oui, elles font boulot, mais est-ce que ça signifie qu’elles le font par rapport aux hommes ? Car c’est précisément de cette image dont souffre le football féminin. Et rien que de le dire, c’est un jugement.

Si cette année, le football féminin a rencontré un certain succès, c’est, j’ose espérer, parce que les mentalités ont évolué. Et que l’on se rend compte aujourd’hui que le sport a un intérêt tout aussi honorable que quand il est joué par des mecs. Voire davantage, quand on sait que la plupart des joueuses sont obligées de travailler sur le côté pour dire de vivre dignement.

Shana : l’égalité des sexes tient-elle à un ballon ?

Je vais pas vous mentir, je suis pas fan de foot. Je connais les règles, je sais même ce que c’est un hors-jeu (quand même!)… Mais je n’ai simplement jamais aimé regarder le sport à la télévision. Les seuls matches de foot que je regarde sont ceux de l’équipe belge durant le Mondial ou l’Euro… Pourtant, cette année, j’ai regardé quelques matches de football féminin. C’est fou, non ?

Pourquoi ? Parce que je suis féministe et fière de l’être. Pourtant, j’ai réalisé que je n’avais jamais accordé de crédit au foot féminin avant 2019. Sans le vouloir, j’avais moi-même accolé moult stéréotypes à ce sport considéré comme « trop lent » lorsqu’il est pratiqué par la gente féminine. J’ai eu envie de creuser et de voir plus loin que ces clichés. Je me suis renseignée sur les équipes (ma favorite est d’ailleurs celle des Pays-Bas). J’ai observé le fait que la femme la mieux payée dans ce sport ne gagne que 400.000 euros (c’est Ada Hegerberg, norvégienne qui joue à Lyon et considérée comme meilleure joueuse) quandon sait que Lionel Messi gagne 20.000.000 euros par an… Et j’ai tout de suite fait le lien avec le fait que les femmes ont besoin plus que jamais d’être représentées et soutenues.

Car selon les statistiques, en 2030 l’égalité salariale hommes-femmes ne sera toujours pas atteinte (ainsi que plein d’autres droits qui semblent si fondamentaux pour notre avenir). Si on veut que les mentalités changent en faisant une révolution féminine pacifique, nous devons apporter notre soutien à ce genre d’initiative. Pour prouver que les femmes font autant le taff que les hommes, et ce, dans n’importe quel domaine. Avec ou sans ballon.