Inégalités salariales : pourquoi sommes-nous moins bien payées que les hommes ?

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On te l’annonçait hier avec un profond sentiment d’injustice (et notre regard de meufs révoltées) sur Instagram : ce mardi 5 novembre à 16 h 47, les femmes commençaient à bosser for free. Vive les inégalités salariales. Mais finalement, à quoi sont-elles dues ? Pourquoi sommes nous moins bien payées que les hommes ?

16 % de salaire en moins

En moyenne, les femmes gagnent 16% de moins que les hommes en Europe (le taux est de 6 % en Belgique). L’inégalité salariale est aujourd’hui l’une des illustrations les plus flagrantes de l’inscription du sexisme dans la culture, l’éducation et le monde professionnel. Cette inégalité découle de nombreux facteurs. On t’explique.

Le temps partiel privilégié pour assurer le foyer

Il a été prouvé et démontré que les femmes sont amenées à opter plus souvent pour un travail à temps partiel plutôt qu’un temps plein. Un « choix » (c’est selon) qui favorise l’écart de salaire de manière conséquente. La femme est plus souvent représentée dans des secteurs moins bien rémunérés, et dans des postes à moindres responsabilités (nous y reviendrons). Conséquence, moins d’heures de travail qui impliquent forcément une diminution du salaire en fin de mois.

La charge du foyer sur nos épaules

J’entends déjà s’élever les voix du modernisme des « papas qui en font tout autant que les mamans ». Oui, d’accord, mais dans les faits, les mères et les épouses sont toujours les premières à sacrifier une partie de leur carrière pour leur foyer. C’est ce que l’on qualifie de « travail domestique » qui, lui, ne rapporte aucun salaire et dévore un temps monstre dans nos journées déjà bien chargées.

La répartition entre temps professionnel et domestique est très différente entre les sexes : les femmes consacrent 39 % de leur temps aux activités professionnelles, les hommes 60 %. Cette différence, aux grandes conséquences sur les revenus des femmes, tient à l’ampleur de leur travail domestique, non marchand et non rémunéré.

« Réduire les inégalités de salaires entre femmes et hommes », A. Bozio, B. Dormont, C. Garcia-Penalosa.

Sans compter les arrêts maternité des mamans qui sont contraintes de mettre entre parenthèses leur vie professionnelle pour accueillir leur(s) enfant(s). En Belgique, les femmes ont droit à un congé de maternité de 15 semaines. En cas de naissances multiples, le congé de maternité est en principe de 17 semaines mais il peut se prolonger jusqu’à 19 semaines. Le papa, lui, a droit à… 10 jours.

Les femmes consacrent donc plus de temps que les hommes au travail que représente la gestion du foyer familial, ce qui les empêche de s’investir dans d’autres domaines de leur vie, dont leur carrière professionnelle.

Les postes à responsabilités moins accessibles

Quand on analyse de plus près les tableaux de salaires en fonction des postes occupés, on est frappé par les différences qui existent entre les sexes. Plutôt que de te faire un long discours pour t’expliquer à quel point je suis écoeurée de cette situation, je te laisse savourer ce petit tableau très explicite qui démontre à quel point les cadres supérieurs femmes sont parmi les plus touchées par ces écarts salariaux.

Les stéréotypes sexués peuvent pousser les femmes à s’orienter vers des métiers aux horaires moins contraignants et aux perspectives moins risquées, mais en moyenne moins rémunérateurs, ainsi qu’à moins s’investir dans la compétition et la négociation, postures favorables aux promotions. Si respecter les préférences individuelles est essentiel, il importe aussi, au nom de la justice sociale et de l’efficacité économique, de chercher à modifier les constructions sociales qui se traduisent par des choix différenciés des hommes et des femmes.

« Réduire les inégalités de salaires entre femmes et hommes », A. Bozio, B. Dormont, C. Garcia-Penalosa.

Embaucher une femme, c’est comme un homme, mais moins cher !

On a cru à une très mauvaises blague, ou à un site qui allait déchaîner toute notre rage. Il n’en est rien, et le buzz est réussi. Pour marquer ce passage au travail gratuit d’ici la fin de l’année, une campagne de sensibilisation a été lancée sous le nom  »Pink Jobs ».

Rien de plus percutant de mettre en avant les traits tellement gros de cette problématique pour choquer tout le monde. Et c’est réussi. Sur ce site, on propose aux startups d’engager des femmes, tout aussi compétentes que les hommes, mais à salaires moindres. Oui c’est absurde. Mais pas plus que les inégalités salariales qui persistent encore aujourd’hui, et qu’on a envie de voir disparaitre.

L’indignation devient refrain

Au delà des chiffres, l’inégalité salariale choque car elle représente le sexisme économique structurel le plus évident de nos sociétés. Il est connu de tous, mais il résonne aujourd’hui dans nos discours militants comme un refrain dont plus personne ne saisi ni le sens, ni les enjeux. Cette problématique n’est d’ailleurs abordée que 2 fois par an, lors du lancement du décompte de fin de salaire symbolique, et lors de la journée de lutte pour les droits de la femme.

Alors que l’opinion publique improvise des débats sans grande innovation concernant la manière de protéger les femmes, ceux-ci ne semblent par prompts à amener à des projets de loi. L’inégalité salariale ne constitue pas avant tout une différence de chiffre, mais bien une différence de traitement.

Dans un monde où la liberté économique est le vecteur principal de l’émancipation, nous ne pouvons pas prétendre chercher l’égalité sans, avant tout, et à raison de plus que deux fois par an, poser les postulats économiques nécéssaires. Ce que ces graphiques nous disent, c’est avant tout qu’au regard économique, une femme vaut moins qu’un homme. Mais comme disait Max Gallo…

Nous n’avons dans nos valeurs que le refus de l’inégalité affichée.

Max Gallo