Pistolets et string : quand l’influence se politise

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Politique et influence… Ces derniers mois, les affaires mettant en scène ce couple inattendu se sont enchainées. On imaginait l’influence digitale comme le site de divertissement par excellence, au mieux innocent, au pire inconscient. Mais l’actualité nous démontre que les influenceurs peuvent s’allier aux pouvoirs décisionnels pour modeler les débats publics. En voici quelques exemples… Et c’est grave.

Tibo Inshape, ou le culte du non-sens

Le youtubeur Tibo Inshape, prônant les bienfaits de la musculation, s’était déjà fait remarquer par ses remarques sexistes et ses anciens tweet racistes. Alors que tout le monde la rangeait dans la catégorie des « célébrités accidentelles et inoffensives », il sortait en juillet une vidéo Je fais le nouveau service militaire.

En bas à droite de l’écran, sur la page Youtube, une petite communication attire l’oeil : « Inclut une communication commerciale », sans précision quant à l’identité de l’organe annonceur. 

Inutile de se lancer dans une longue investigation pour comprendre que l’annonceur n’est autre que la SNU, le Service National Universel, organe étatique qui organise le « service citoyen » imposé aux jeunes de 16 ans en France. Supposé « défendre les valeurs républicaines », ses activités ne sont pourtant pas au goût de tout le monde : nationalisme malsain, éveil d’instinct violent, on peut reprocher à l’organisation tout un tas de choses et elle est loin de faire l’unanimité. 

Probablement plus conscient de sa fiche de paie plutôt que des enjeux sociaux-politiques d’une telle publicité, le youtubeur a donc pris la décision de publier cette vidéo et « glamouriser » le service militaire citoyen aux yeux de ses fans, d’une tranche d’âge jeune. 

Influenceuses et NRA : quand la femme est la salope, la mère et la féministe

Lors de sa création au 19e siècle, la NRA se présentait comme une association de chasseurs. En 2019, elle est un des lobbies des plus puissants des États-Unis et défend le libre port d’arme aux States. Comme tous les lobbys-monstres, elle est accusée de flirter de trop près avec la politique, de financer des campagnes et d’évincer quiconque se mettrait sur son chemin. 

Les États-Unis ont, une fois de plus, dû assumer la mort d’une trentaine de personnes lors d’un acte terroriste à El Paso, Texas. Un coup de poignard de plus dans la plaie ouverte que constitue le débat du port d’arme, qui offre la possibilité à toute personne de se procurer une arme, pour ensuite l’utiliser.

Comme tous les lobbys, la législation interdit à la NRA de financer et diffuser de la publicité directement. Si seulement c’était si simple…

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#TBT with @weaponoutfitters

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Dans un marketing bien ficelé quoique vulgaire, la NRA finance aujourd’hui des influenceuses pour faire l’apologie du port d’arme. Reprenant les codes les plus primaires de la communication et des instincts humains (sexe et violence), les influenceuses se mettent en scène en tenues légères, string sur les fesses et arme en main, ajoutant à cela une bonne dose de patriotisme toxique et des t-shirt Pro-Trump. 

Mises en scènes sexistes, appels à la sur-sexualisation, utilisation parfaite de la « femme objet » et glorification de la violence, les photos ont de quoi donner la nausée. Heureusement, la NRA a prit soin de ne pas oublier les femmes qui ne se retrouvent pas dans le modèle ultra-sexualisé pour également faire plaisir aux mamans, incluant des influenceuses tantôt posant avec leur bébé, tantôt au stand de tirs.

Et quand on pourrait penser que cette campagne a atteint le comble du mauvais goût et du racolage, la NRA remet une couche en inventant un tout nouveau concept : le féminisme pro-armes. Associant les droits des femmes au droit de « défense », des stands de tirs réservés aux femmes célibataires sont ouverts, pistolets roses prêts à l’emploi, pour s’assurer de toucher les 3 archétypes de la femme, à savoir : la salope, la mère et la féministe. Good job, je crois qu’on a tout.

Dangers d’influence

Les influenceurs ont été la cible, depuis leur apparition, de bons nombres de critiques : monétisation abusive, apologie des corps irréels, défense de la surconsommation… 

Cependant, la société a toujours visualisé ces débats comme internes à une profession ou de « second plan ». Cette fois, nous constatons avec effroi le pouvoir anti-démocratique de certaines pratiques peu scrupuleuses, et que le pouvoir des influenceurs dépasse largement les codes promos. 

Le problème est d’autant plus grave qu’il se déguise et vise des catégories plus faibles, comme les adolescents. Il ne s’agit pas ici d’un « faux-pas », ou d’un « buzz », mais d’accusations graves, visant aussi bien les influenceurs en question que l’État.

« Divertir pour mieux dominer », le nouveau mantra politique des prochaines années ?