J’ai vécu le harcèlement scolaire et j’en ai fait une force

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En cette journée mondiale du harcèlement scolaire, la team a eu envie de te partager certaines expériences. Non pas retourner dans cette cour de récré qui en a traumatisé plus d’un, mais plutôt de se pencher sur la manière dont les personnalités se sont construites « grâce » à cette période de notre vie, que l’on ait été harceleur ou harcelé.

Moi aussi, j’ai vécu ça

Aujourd’hui, les regards se tournent un peu plus que d’habitude vers ces enfants harcelés à l’école. Le temps d’une journée, on va s’intéresser à leur quotidien, à leur vécu, à leurs souffrances. Pour ceux qui l’ont vécu, ce sont des souvenirs qui restent et qui ont une influence sur la manière dont on se construit en tant que personne. Mais nous, on ne va pas te parler de statistiques, de politique, de solutions miracles.

Parce qu’à la rédaction d’In’fluence, on a fait ce constat : quand on parle du harcèlement scolaire en société, les langues se délient, et on entend souvent que « mais attend, moi aussi, j’ai été harcelé(e) ». Comme si les personnes harcelées pensaient qu’elles avaient été les seules à subir cela pendant des années (et c’était mon cas) et qu’elles découvraient enfin que le monde est peuplé de personnes comme elles, touchées.

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Il faut dire que le harcèlement est difficile à avouer. Aux autres, mais aussi à soi-même. On a tendance à ne pas vouloir se classer du côté des victimes, à penser qu’il y a quelque chose de honteux dans le fait d’avoir été harcelé. Et, du coup, on minimise le problème. C’est pourtant dans le dialogue avec les autres qu’on réalise l’ampleur du problème : nous sommes plus nombreux que nous pouvons le croire à avoir, à un moment de notre vie d’enfant, d’ado ou de jeune adulte, fait face à du harcèlement scolaire.

Mettre un mot sur le harcèlement aujourd’hui, mener des actions, en parler, c’est ce qui permet à ceux qui l’ont vécu de réaliser que ce n’est pas de leur faute. Et surtout, qu’on peut s’en relever et en faire une force.

Des difficultés qui nous ont poussé vers le haut

Ne dit-on pas que ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ? Avec les nanas que nous avons rencontré, clairement, ces expériences étant plus jeunes ne nous ont pas démolies de l’intérieur. Alors oui, on en a bavé dans la cour de récré, en classe, dans le dos des professeurs, et sur le moment, on a eu envie de tout envoyer bouler et de rentrer à la maison, là où personne ne pouvait nous atteindre (petite pensée pour les enfants aujourd’hui qui sont poursuivis jusque chez eux grâce au pouvoir parfois très malveillant des réseaux sociaux). On a le sentiment d’avoir raté une partie de notre enfance, de notre adolescence. Une partie que l’on nous a volé.

Le témoignage de Laura Calu illustre tout ce que je t’explique ici.

Mais aujourd’hui, on a fait de ces épreuves une force. Une force de caractère. Le harcèlement ne nous a pas empêché de devenir des filles engagées, indépendantes, ouvertes. Nous avons su en faire un moteur pour nous pousser vers le haut. On s’est battues pour se relever et grandir.

Toi aussi, fais-en une force

Si toi aussi, tu as vécu le harcèlement scolaire, mais que tu sens que ces épreuves ont toujours une influence négative sur toi, sur ta manière d’évoluer et de te construire, on ne peut que te soutenir et t’encourager à aller de l’avant. A faire de ces épreuves une force, à te rendre compte que tu ne vaux pas moins qu’un autre. A faire fi de ces personnes qui t’ont rendu malheureuse. L’objectif, ce n’est pas de continuer à vivre comme une victime, avec le sentiment que tu dois passer inaperçue pour ne pas être vue, et donc devenir la cible de quelqu’un. Cette période est révolue.

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Aujourd’hui, marche la tête haute, fais toi remarquer, sois fière d’être une nana forte. Une nana qui s’est fait rabaisser, insulter, dévaloriser, mais qui s’en est tellement pris dans la figure qu’elle est prête aujourd’hui pour n’importe quelle épreuve que la vie te réserve. Plus facile à dire qu’à faire, tu vas me dire, mais c’est un travail sur soi, qui prend du temps, mais qui en vaut la peine. Tu t’es dépassée constamment, tourne-le à ton avantage.

Où en sont ceux qui nous harcelaient, finalement ?

Force est de constater que le comportement du harceleur cache souvent un profond malêtre. Parce que, sache le, ce type d’actions en dit beaucoup plus sur celui qui fait du mal que sur celui qui le subit. Ne laisse jamais les agressions que tu peux recevoir te définir. Et surtout, ne garde pas en toi ce que ces personnes ont pu te dire, et ne te compare pas à elles.

J’ai longtemps répété que ces filles qui étaient profondément méchantes avec moi pouvaient aller se faire voir. Je rageais de les voir s’épanouir en société, de voir tout le monde les admirer, et de constater qu’à 16,17,18 ans, elles étaient toujours aussi populaires.

Mais aujourd’hui, quand je vais revoir leurs profils, quand je discute avec des connaissances, je me rends compte que je n’ai pas de haine envers elles. Je ne ressens absolument rien. J’ai appris à me débarrasser de ces sentiments qui me ramènent constamment à elles. Et franchement, je vis mieux. Beaucoup mieux.

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Je constate même que je n’ai rien à envier à leur vie actuelle. Non pas qu’elles n’aient pas avancé, et grand bien leur fasse. Mais c’est plutôt moi qui n’a pas laissé ce qu’elles avaient à dire de moi être un obstacle dans ma vie. Je n’ai jamais été inférieure à elles et elles n’ont pas réussi à me le faire croire.

Leurs critiques et attaques gratuites m’ont poussées à me dépasser. J’ai transformé la haine en courage, en créativité, en ténacité. L’ironie de l’histoire, c’est que ce sont de belles qualités, celles qui nous poussent à faire de grandes choses. Quand je rencontre des personnes que j’admire et qu’elles me confient qu’elles ont elles aussi vécu du harcèlement, on réalise vite qu’on partage cet esprit-là, et qu’on est tous plus fort qu’on ne le croit. Et tu l’es aussi !