Je me revendique sorcière moderne, et je t’explique pourquoi

Blog post image

Il y a quelque chose de très jouissif dans le fait de se revendiquer comme une « sorcière féministe ». A la fois s’approprier ce qui sert d’insulte aux contestateurs du mouvement, et s’approprier une aura de pouvoir aussi puissante qu’effrayante. 

Au-delà des mots et des images, il y a un réel lien historique et militant entre les sorcières et le féminisme. Retour sur ces passages que nos cours d’histoire ont préféré balayer…

Chasse aux sorcières, un génocide de genre

Il convient premièrement de replacer les bases, les faits historiques : les chasses aux sorcières. On a pour habitude de classer ces évènements dans le Moyen-Âge, période à laquelle la barbarie et la violence furent légion. Il est pourtant totalement erroné de placer les chasses aux sorcières dans ce seul contexte, car elles prirent place du Moyen-Âge, et jusqu’à la fin de la Renaissance (période que l’on nous avait pourtant vendu comme le retour du sacro-saint humanisme). 

On estimerait à 60 000 le nombre d’exécutions menées dans le cadre des chasses aux sorcières, et il en eut probablement bien plus, au-delà des écrits qui ont traversés le temps.

Les chasses aux sorcières furent pourtant largement écartées de l’étude de l’histoire et de la connaissance populaire, reléguées au rang de légende ou d’histoire d’horreur. Et pourtant, elles furent bien réelles. 

Des milliers de femmes furent brulées, torturées, violées, humiliées, agressées, pendues, tuées sous plusieurs prétextes d’une absurdité à faire perdre la tête. Et si les chasses aux sorcières furent si longtemps cachées, reniées et racontées comme des légendes urbaines, c’est exactement à cause leur violence insoutenable.  C’est parce qu’elles nous dévoilent le visage désespérant de notre humanité auquel nous refusons de nous confronter.

Ces chasses sont la preuve que l’humanité a, de tout temps, eu besoin de désigner un bouc émissaire, et que la violence actuelle envers les femmes ne s’inscrit pas que dans un schéma systémique structurel et insidieux, mais puise bien sa source dans des actes d’une violence inouïe. 

Parler de génocide n’est pas un emploi de langage abusif mais un fait.

Les chasses aux sorcières eurent pour but d’éliminer méthodologiquement un groupe, et constituent donc en tout point un génocide, bien qu’elles ne soient pas reconnues comme tel. 

Peine de mort pour délit de vie

Bien que toutes les femmes soient à l’époque constamment menacées d’être envoyées au tribunal (et par la même occasion, à la mort), certaines présentaient plus de risques. En soi, nous pouvions nous voir accusées de sorcellerie par le simple hasard des rumeurs ou de la malchance. Mais dans la plupart des cas, les femmes condamnées ne portaient que la culpabilité de leur existence.

Guérisseuses, amoureuses, femmes âgées, sexualisées, seules, veuves, trop bavardes, trop laides, trop belles… Les portraits officiels des compte-rendus des procès évoquent sans retenue les « mauvais caractères » ou les « personnalités déviantes » de ces femmes accusées comme des preuves de leur culpabilité. 

La plupart de ces femmes étaient torturées pendant des jours, voir des semaines, jusqu’à extorsion des précieux aveux qui permettront leur mort légale. 

Les chasses aux sorcières aujourd’hui

En y regardant de plus près, on s’aperçoit que les chasses aux sorcières sont encore en place à une autre mesure. Il suffit de s’attarder sur la haine exacerbée que provoquent les personnalités publiques féminines.

Il y a tellement de « sorcières modernes » que nous pourrions évoquer. Greta Thunberg, la sorcière qui ne sourit pas. Hilary Clinton et Margaret Thatcher, les « vieilles » sorcières qui avaient même été visées par des campagnes se jouant de leur caractère « maléfique » au rythme des slogans comme « Burn the witch ». 

The Telegraph, 14 avril 2013

La féministe, dans son caractère rageur et militant, est une cible parfaite de la chasse sorcière du 21e siècle. On l’a par ailleurs maintes fois constaté en vue du harcèlement qu’ont dû subir certaines, comme Marion Seclin.

Une femme est haïe pour ne pas sourire, pour ne pas être assez belle, assez jeune, assez polie, assez douce, trop énervée… Notons qu’un homme allant à l’encontre de ces « qualités » sera largement considéré comme un génie ou un artiste incompris, tandis que la femme se verra traitée de « sorcière » , ou de frustrée. Double charge pour les femmes ayant atteint un âge mûr, considérées comme « vielles pies » ou « vielles folles », pendant que les hommes bénéficient de la considération sociale qu’ils se « bonifient avec le temps ». 

En somme, la sorcière, c’est celle qui s’approprie les traits qui font d’elle une femme forte.

Féminisme et sorcellerie

Au final, il semble que les femmes les plus visées par ces accusations furent les indépendantes, les veuves et les célibataires. Leur crime, c’était de n’appartenir à personne d’autre qu’à elles-mêmes.

Les sorcières ne sont pas des victimes permanentes figées par le temps, mais avant tout des rebelles, des preuves historiques de la violence envers les femmes. Pour toutes ces raisons, nous, féministes actuelles, sommes hantées par la figure de la sorcière, au travers d’un lien politique et historique puissant. Il s’agit d’un héritage culturel, émotionnel et politique que nous nous devons d’entretenir par les actions et la mémoire collective.

Mon coté sorcière assumé

Au delà de tout l’aspect spirituel développé autour des croyances de la sorcellerie, nous sommes toutes à notre manière des sorcières modernes.

Jetant des sorts à Donald Trump, renouant les liens à la nature, ensorcelant la société de féminisme et de tolérance, concoctant des potions à base d’argumentation et de combats, pénétrant sans vergogne les secteurs les plus empreints de patriarcats, détectant les inégalités, nous affirmons la puissance invaincue des femmes, telle qu’elle fut tant de fois réprimée.

Avec ou sans chat noir, sorcière, ta baguette magique n’est autre que la parole, la force et l’affirmation. Et ta magie, ta force.

Nous sommes les arrières-petites filles des sorcières que vous avez brulées

Tu veux en savoir plus ?