Je ne veux pas d’enfant, so what ?

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Lorsqu’on est une femme, la société attend de nous que nous ayons des enfants, et que nous privilégions notre famille à tout le reste. Je vous vois déjà venir… Oui la condition de la femme a évolué, oui, les temps ont changé. Pourtant, le sujet de la maternité reste bien présent et discuté, et de nombreuses femmes ne voulant pas d’enfants ne sont souvent pas prises au sérieux ou traitées d’égoïstes.

J’ai 24 ans et je ne veux pas d’enfant. Et non je n’ai pas envie d’entendre toutes ces phrases pour essayer de me faire changer d’avis, du style « Tu verras quand tu auras trouvé la bonne personne« , « Tu verras plus tard ça changera« , « Si tu n’as pas d’enfants, tu vas devenir égoïste« , « Les femmes sont faites pour mettre au monde« , « Et si tout le monde faisait comme toi, qu’est-ce qu’il se passerait ?« , « Tu sais mon accouchement c’était le plus beau jour de ma vie« .

L’enfance, les jeux, les couleurs et l’éducation

L’enfance est probablement le moment ou les discriminations genrées sont le plus rapidement intégrées. On offre des dinettes et des aspirateurs roses aux petites filles, et des ballons de foot et petites voitures aux garçons. Depuis quelques années, on commence à dénoncer ce marketing genré destiné aux enfants. Cependant, même si la nouvelle pub Dreamland montre la voie, c’est encore mal considéré d’offrir une poupée à un garçon où des ActionMan à une fille.

Cette inégalité transparaît également dans l’éducation. On apprend à une fille à bien se tenir, à être discrète, bienveillante, sensible et à ne pas chiffonner sa robe. Mais pour moi, elle va dans les deux sens. La masculinité toxique apparaît également quand on apprend aux petits garçons à jouer à des sports « de mec », à ne pas pleurer, à cacher ses émotions, à être tout le temps fort. Et en toute honnêteté, c’est mauvais dans les deux cas.

L’adolescence et la préparation

L’arrivée des règles est considéré presque comme un rite de passage. « Tu es devenue une femme maintenant« . Cette phrase innocente cache en réalité beaucoup de sexisme. Donc avant d’avoir ses règles, on n’est pas une vraie femme ? On devient femme quand on peut procréer ? QUID des femmes qui ont des problèmes d’infertilité ? Et si tu ne veux pas procréer, tu n’es pas une femme ? Tu vois, ce genre de réflexions bien pourries qui te retapent en pleine gueule l’inégalité des sexes. Alors qu’il n’y a aucune étape similaire dans la vie d’un mec. Il y a bien la puberté qui implique la vision du mâle alpha barbu et poilu, mais ce n’est pas comparable.

Dès cet âge, on est sensibilisé à la maternité, et non au plaisir. Toi aussi on t’a appris tout sur l’utérus en cours de biologie, comment un bébé grandit et est expulsé, mais tu n’as jamais vu un clitoris en classe ? C’est là aussi que commence ta responsabilité. Tu savais mettre un préservatif sur une banane avant de savoir que le vagin et l’orifice urinaire n’étaient pas le même trou. Si tu ne veux pas tomber enceinte ? Ben rien de plus simple, on te prescrit un gentil traitement hormonal que tu dois prendre impérativement tous les jours, à la même heure (aka, la pilule) pendant 30 ou 40 ans. Et si tu as le malheur de l’oublier (mais enfin c’est pas si compliqué de prendre un comprimé quand même!) alors que tu es active sexuellement, tu passes un mois à stresser, ou tu prends la pilule du lendemain avec tous ses effets secondaires, au choix.

C’est aussi à l’adolescence qu’on commence à te confier des enfants, tu deviens babysitter étudiante. On te donne des enfants en main, comme une préparation mentale pour le jour-J, le plus beau de ta vie, l’apothéose de ton existence… la naissance de ton enfant ! Ta vie avant a servi à te mener à ce moment, et ta vie d’après t’asservira à ce petit bout de chair.

La vingtaine, ou l’assignation à comparaitre

On connait tous ce moment gênant, en réunion de famille, quand tonton Roger te demande si tu as un mec, ou si tu en as déjà un « alors c’est pour quand le bébé, il faudrait y penser sérieusement hein ? » Je vous avoue que dans ma famille, c’est parfois oppressant. Entre ma tante qui se languit (ouvertement) de devenir grand-mère, ma cousine qui veut acheter une maison avec une deuxième (ou pire, une troisième) chambre, et étant la seule de ma génération encore célibataire, je vous explique même pas le malaise !

Ben oui, c’est bien connu, les femmes ont une date de péremption, et il vaudrait mieux ne pas trop tarder pour ne prendre aucun risque. La vingtaine est hyper intéressante car tu vois une réelle évolution en 10 ans. Au début, on t’y fait penser, genre garde ça dans un coin de ta tête pour bien dormir le soir. Puis vers 25 ans, tu attends que la sentence tombe, toute ta famille attend (avec joie) l’annonce d’une grossesse, et moi j’attends (avec angoisse) l’annonce de mes cousins/cousines. Et enfin à l’approche de la trentaine (heureusement je n’y suis pas encore), on te demande des comptes. Et peut-être que la seule chose que tu as envie de répondre, c’est « fous-moi la paix avec tes bébés de merde ! »

Ta vie d’adulte

Quand tu t’installes pleinement dans ta vie d’adulte, plusieurs choix s’offrent à toi.
1* Soit tu as un enfant et entre les conseils acharnés d’autres mamans qui n’ont pas ton enfant et le bassinage général sur la question du deuxième, on ne sait pas ce qui est pire.
2* Soit tu n’en as pas encore (pauvre malheureuse) et on te demande des comptes, on te donne des conseils fertilité, sans même savoir si tu essaies d’en avoir, si tu n’y arrives pas, ou si tu n’en veux tout simplement pas.
3* Soit tout le monde sait que tu n’en veux pas, et là, respect d’avoir pu le dire. On essaye de te culpabiliser, de te dire que tu n’as peut-être pas trouvé la bonne personne, que si tu restes sans enfant, tu vas devenir une vieille aigrie égoïste (yep, on me l’a déjà sortie celle-là, avant la trentaine).
4* Soit tu veux te focus sur ta carrière pour l’instant (et tu as bien raison) et on te dit que si tu attends, ça va être plus compliqué, que travailler c’est bien, mais que tu peux quand même avoir une famille, une stabilité et que tu ne dois surtout pas sacrifier ce bonheur pour un job.

Ma petite liste n’est absolument pas exhaustive et peut-être complétée avec autant de cas qu’il existe. Mais le but ici est de montrer que quels que soient nos choix sur la question, les gens auront toujours quelque chose à dire. Sauf qu’en fait non, c’est mon choix. Laissez-moi gérer cette partie de ma vie comme je l’entends.

Ménopause (je devrais peut-être dire périmée ?)

Attention, je parle ici de ménopause dite « classique », c’est-à-dire non précoce, et non due à une prise de médicaments, qui pourraient atteindre la fertilité des femmes plus jeunes. Quand une femme atteint la ménopause, elle pourrait se dire que ce temps de jugement est terminé. Mais que neni ! Quand on ne la traite pas de vieille fille ou de femme à chat, elle est perçue comme une mégère. Et ben finalement, nous on en a marre et on envoie le bon gros fuck de Mme Doubtfire dans la gueule de toutes les personnes qui se permettent de juger nos choix.

Tu n’as pas à te justifier… mais si tu en as envie

Tu n’as clairement pas à justifier ton choix d’avoir envie ou non de fonder une famille. Ni à expliquer pourquoi tu attends d’en faire, pourquoi tu en veux beaucoup, un peu, pas du tout. Mais si tu en ressens le besoin, celui de dire clairement les choses, on ne te retient pas ! C’est peut-être ça justement, le blocage. On ne prend pas le temps d’expliquer le pourquoi. Tu risques de provoquer le débat, mais ça passe aussi par là. « Oui, je préfère privilégier ma carrière avant les enfants, parce que je suis ambitieuse et j’ai envie de grimper les échelons. « Non, je ne veux pas d’enfant, parce que mon désir maternel est inexistant, et ce n’est pas un crime. Une femme n’est pas une machine à pondre. » « Oui, quoi que je décide, vous devez le respecter. »

Aucun parent, ni beau/grand parent, conjoint(e), proche, la société en général n’a le droit de te faire sentir coupable. Sois qui tu veux, maman et/ou girl boss.