Je suis allée dans un spa nudiste, et voilà ce que j’ai appris

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Dans cet article, je vais te partager une anecdote qui relève de l’intime, mais qui a changé ma perception du corps féminin. On passe donc en mode #3615mylife, et je te raconte comment j’ai atterri dans un spa nudiste… et ce que j’en ai tiré comme leçons.

Il y a peu, on fêtait nos 4 ans avec mon chéri. Pour l’occasion, il a trouvé une super adresse d’un spa en Allemagne auquel il m’emmène par surprise. Je ne peux que le remercier de penser à mon bien-être, lui qui s’est dit que l’expérience m’aiderait à me détendre. Seulement voilà : il n’avait pas pris connaissance du fait qu’une partie du spa était nudiste. Et pas des moindres, puisqu’il s’agit de celle où se trouvaient tous les différents types de saunas et hammams qui font la réputation du centre. La raison même de notre venue, en somme. 

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Imaginez notre stupéfaction une fois virés de la partie nudiste parce que nous étions en maillot de bain… De retour dans le bassin des gens « couverts », nous avons pris le temps de réfléchir. « Est-ce qu’on tente le coup ? Parce qu’on est là, autant le faire, on n’a pas fait tout ce chemin pour rien… Mais est-ce qu’on a vraiment envie de s’exhiber ? Bah après tout, on est en Allemagne, on ne reverra jamais ces gens… Et tout le monde sera nu, personne ne va nous observer…« 

C’est après une bonne heure de tergiversation qu’on décide de sauter le pas. Je ne te cache pas que je suis un peu fière d’avoir osé, parce qu’après 4 ans de couple, on réussit encore à trouver des « premières fois » à faire ensemble, et à se créer des histoires qui vont bien fait rire aux repas entre potes. Tu imagines bien pourquoi. 

Se mettre à nu (littéralement) 

Pendant les premières minutes de découverte de ce spa intime, je n’ai pas quitté ma serviette et je me suis déplacée les bras et les jambes résolument fermés. Il a fallu quelques temps pour se mettre à l’aise, et il faut dire qu’être entourée a bien aidé. J’ai rapidement constaté que personne ne se scrutait : pas de regard lubrique ou de coups d’oeil déplacés. 

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Je ne me suis pas totalement débarrassée de mon malaise, d’autant que la population du spa était plutôt âgée et que nous étions parmi les seules jeunes adultes à participer à l’expérience. Mais j’ai appris des sensations totalement nouvelles, comme celle de nager complètement nue dans une piscine (c’est comme un retour dans le ventre de maman, voilà). 

Au-delà du potentiel comique de cette anecdote, j’en ai surtout appris énormément sur moi-même et sur mon rapport au corps. J’ai pris conscience dans ce spa que la vision qu’on a du corps de la femme est totalement biaisée. Je le savais déjà, mais c’était à ce stade comme une sorte de théorie. Oui, je sais que les corps sont retouchés, photoshopés, lissés. Je sais que les mannequins ont tous des mensurations irréalistes, ou en tout cas qui ne sont pas partagées par la majorité de la population féminine. Je le sais, mais je ne le vois pas. Pas tant que ça. 

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Et là, c’était soudainement le défilé des corps, tous plus criants de normalité les uns que les autres. Et voilà que je réalise soudain que je n’ai pas l’habitude d’être exposée à de la chaire de cette façon, alors qu’on a jamais autant été inondés par des images de nudité en veux-tu, en voilà. Et ce qui m’a le plus marqué, c’est l’image du corps vieillissant. 

La femme et la vieillesse, éternels ennemis 

J’ai croisé beaucoup de femmes ce jour-là, sur lesquelles je n’ai jeté qu’un regard bienveillant. J’ai vu l’histoire que leur corps racontait, parce qu’il avait vécu : les formes, les imperfections, les cicatrices, la cellulite. Autant d’éléments que j’ai déjà, et que pourtant je ne vois jamais ailleurs. C’est frappant à quel point on est toutes faites de la même manière, même dans nos différences, et pourtant on est toutes complexées à outrance. 

C’est en quittant le spa, avec mes vêtements cette fois (alléluia), que j’ai enfin su mettre le doigt sur ce qui m’avait dérangée ce jour-là. Il y a comme une invisibilité totale du vieillissement de la femme. Il suffit d’observer les rôles de femmes mures au cinéma : elles sont souvent bien plus jeunes que leur rôle, et de celles qui sont plus âgées, on dira qu’elles ne « font pas leur âge »

Comme si être une femme âgée ne peut pas coïncider avec « être belle ». Et qu’une femme âgée ET belle sera forcement celle qui a le moins changé avec l’âge, et qui est restée figée dans sa jeune beauté. Il suffit de voir tout le monde s’extasier sur Jennifer Lopez et sa fameuse robe verte, reportée X années plus tard. On la glorifie parce qu’elle « n’a pas changé ». Mais c’est si mal que ça, évoluer ? 

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Surtout que, pour les gens lambdas (c’est-à-dire sans coach sportif, chef à domicile ou chirurgien esthétique), c’est un peu inévitable. On change tous, et les femmes croisées dans ce spa me l’ont rappelé. Mais pas de façon amère ou avec crainte. Plutôt avec fierté, en fait. Parce que leur corps a traversé tant d’épreuves, et que j’aspire à avoir autant de force qu’elles à leur âge. Et que du haut de ce vécu, elles étaient moins gênées que moi de déambuler dans les couloirs du spa. 

Depuis, je ne regarde plus mon corps de la même façon. J’essaie d’éviter de lui imposer le filtre induit par une image de la femme reconstruite. Je me concentre bien plus sur ce qu’il me permet de faire et de ressentir, ce corps que j’ai trop détesté. Et pour la première fois peut-être, je remercie ce petit véhicule que j’aurai pour la vie