La négrophilie : des origines jusqu’à la Kardashian Family

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Concept aussi nauséabond que le mot, les débats autour de la négrophilie reprennent de plus belle, en ces temps où Instagram et les Kardashian font légion. Mais la négrophilie, qu’est-ce que c’est ? Retour en profondeur sur ce concept de retour sur le devant de la scène.

Un concept emprunt de négativité

Au 19e siècle, le mot porte des valeurs qui nous semblent aujourd’hui nobles, mais il souffre à l’époque d’une connotation largement négative.

La négrophilie était désignée comme le fait d’aimer les personnes d’ethnie noire, ce qui avait pour effet, entre autres, de vouloir leur conférer des droits et abolir l’esclavage. Le mot était alors quasi utilisé comme une insulte des conservateurs pro-esclavages pour qualifier toute personne voulant s’y opposer.

Par la suite, et lors des années 20, le mot « négrophilie » sera utilisé pour désigner « l’effet de mode » qu’avait provoqué l’immigration et la colonisation, comme ce fut le cas en musique avec l’intérêt occidental pour le jazz ou le blues. 

Aujourd’hui, l’effet de mode tourne à l’imitation

Bien que les dictionnaires tardent à se mettre à jour, le mot prend désormais une portée très différente, mais pas forcément moins négative. 

La négrophilie désignerait les personnes attirées par la communauté noire et leurs spécificités culturelles. Une attirance allant généralement plus loin que l’admiration. Ici, une véritable imitation se met en place. Cette imitation est alors largement interprétable telle qu’une caricature des traits et codes de cette société. 

Les traits copiés proviennent par ailleurs de clichés racistes des cultures désirées. On va « exotiser » au maximum, pour donner un tableau hyper-séduisant de l’ethnie, sans réelle nuance. En gros, au lieu de mettre toute une ethnie dans une case effrayante, on les stéréotype en les mettant dans une case divertissante, amusante à destination de la population blanche. 

La négrophilie est une sous-branche de l’appropriation culturelle. Il ne s’agit pas simplement de reprendre les codes de certaines cultures, mais bien de se les approprier sans connaissance suffisante du contexte historique et social sous-jacent à ces cultures. En somme, s’approprier sans se préoccuper des origines. 

Il s’agit de « se servir » de ce qui nous intéresse dans les stéréotypes d’une ethnie, sans respecter ou même s’intéresser à ce qui articule et anime réellement ces cultures. Même s’il est plus insidieux, ce type de racisme est d’autant plus dangereux que le racisme de haine, car il articule au quotidien nos sociétés et les gardent intrinsèquement racistes. 

En pratique : Kardashian & Cie

Une trace passée mais toujours bien visible de cette négrophilie : Joséphine Baker, activiste militante et antiraciste. Tu ne le savais pas ? Comme la majorité des personnes. La mémoire de cette femme brillante ne se trouve maintenant plus que dans ses prestations théâtrales et ses danses, accessoirisée de sa célèbre ceinture de bananes. 

On citera aussi Shera Kerienski, largement « passionnée » par le physique des hommes noirs sur les réseaux sociaux, mais ayant déjà utilisé un vocabulaire plus qu’irrespectueux pour désigner les femmes noires. Une passion pour la culture et l’ethnie qui ne l’empêchera pourtant pas de mimer une blackface dans une vidéo qui fera polémique.

Pour te donner un autre exemple concret, la famille Kardashian est souvent accusée de négrophilie. 

Du point de vue physique, on accuse les femmes de la famille de vouloir calquer leur physique avec les phénotypes des femmes noires, non sans aide de la chirurgie (carnation de la peau, hanches et fesses plus larges, lèvres plus pulpeuses).

Sont également mises en cause leur schéma matrimonial qui semble viser le mariage uniquement avec des hommes noirs, et cela vaut également pour leur entourage amical. Tout cela sans jamais avoir montré son soutien à la communauté ou son activisme contre le racisme. 

On citera aussi de la mode de l’utilisation des perruques, dont Kylie Jenner se dira à l’origine. Sauf que les perruques font largement partie de l’attirail de beauté des femmes africaines. Elles furent longtemps moquées pour cette utilisation de faux-cheveux. Jusqu’à ce que les Kardashian se l’approprient.

La négrophilie, c’est aussi toute phrase nauséabonde et raciste automatiquement suivie par « ma copin·e est noir·e ». La négrophilie, c’est aussi vouloir ou dire sans retenue qu’on « veut trop un bébé métis parce que c’est trop chou ». 

Le problème, c’est que toutes ces preuves et ces résidus du racisme sont encore largement socialement acceptés. Sans grande sensibilisation, il n’y a pas de prise de conscience, et donc pas de changement. Il est urgent d’éveiller les consciences à ce sujet.

Et maintenant, tu sais.