Laurent Ruquier appelle au boycott de Miss France : et nous ?

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Ce samedi, le présentateur Laurent Ruquier appelait au boycott de Miss France lors de son émission « On est pas couché » : « Puisqu’il faut arrêter de regarder les femmes comme des objets, cesser de les juger sur leur physique et systématiquement privilégier les plus jolies, je lance un appel : boycottons cette année l’élection de Miss France ! »

A la suite de ces propos, deux anciennes Miss ont répondu. La question soulevée ne date pas d’hier : le féminisme peut-il s’accorder avec des concours de beauté, et plus précisément les concours annuels de Miss nationale ?

Retour sur l’histoire de Miss France

C’est après la première guerre mondiale que le journaliste Maurice de Waleffe crée le premier concours national de « la plus belle femme de France ». Selon ses mots, l’intérêt est double : « Forcer la splendeur physique à se montrer et indiquer le type instinctif de la nation. » En d’autres termes, pousser les femmes à se pavaner pour concrétiser l’idéal de beauté. 

Depuis, les concours Miss France traversent le temps, et les polémiques. Dès les années 1930, le concours prend la décision d’intégrer des Miss issues de l’empire colonial français. Curieusement, en 2003, Geneviève de Fontenay, ancienne Présidente du Comité des Miss, déclarera « qu’une noire en couverture, ce n’est pas vendeur. » Les concours sont, qu’on le veuille ou non, fermés pour toute une catégorie de femmes. Les conditions d’accès sont strictes : entre 18 et 25 ans, au minimum 1,70m, célibataire, taille mannequin obligatoire… 

Vaimalama Chaves (actuelle Miss) rétorque qu’en fait « si le public votait pour ces femmes trans, ‘grosses’, handicapées, elles pourraient être là. C’est encore une fois le choix des Français. En ce qui concerne l’âge et le célibat, c’est parce qu’on est amenée à partir loin, longtemps, dur dur donc d’assumer un couple/foyer. »

Nous passerons ici l’invalidité de ces propos, qui fait reposer la responsabilité des règles du concours sur la société française et non sur les organisateurs… Et qui part du principe qu’une femme en couple est forcement une femme au foyer.

Les critiques à l’égard des concours de Miss fusent, en toute logique par rapport aux valeurs de notre ère. Mais le consensus est loin d’être trouvé. Alors que certains pensent qu’il est légitime pour une femme de se présenter au monde de la manière dont elle l’entend, d’autres critiquent fortement l’infantilisation et l’objectivation de la femme.

Critiques pour lesquelles le comité n’est pas imperméable. En 2018, Sylvie Tellier annonçait un jury entièrement composé de femmes car « quoi de mieux que des femmes pour juger des femmes ? ». Si l’on vous critique pour objectivation de la femme, remplacez le premier rang par des femmes pour tout arranger ? Bien tenté.

Le concept coupable

Si les Miss rétorquent directement, c’est en grande partie parce qu’elles se voient comme les premières cibles des attaques. Or, critiquer Miss France ne revient pas à critiquer les femmes participantes, mais bien le concept et le contexte socio-politique dans lequel il s’inscrit.

Considérer qu’il faut blâmer les femmes ou s’attarder à défendre les participantes personnellement détourne du véritable enjeu de ces concours. Aucune femme ne mérite d’être blâmée pour ses choix. Par contre, nous sommes en droit de remettre en cause le concept social qui sous-tend ce « spectacle ».

Et pourtant, malgré les critiques, Miss France prend place chaque année. L’émission semble réveiller nos plus bas instincts, à même titre que la télé-réalité. Le concept a tout : compétition, ragots, jugements, jeu. Tout pour plaire à nos cerveaux fatigués ! Si Miss France tarde autant à évoluer/disparaitre, c’est peut-être parce que le public en redemande ? 

Quoiqu’il en soit, l’avenir de Miss France est aussi incertain que celui de Victoria Secret. Et toi, qu’en penses-tu ? Quel message renvoie l’émission sur la condition de la femme ?