Le mythe de la virginité : pourquoi une femme doit être vierge, mais pas trop ?

Blog post image

De tout temps, la femme a été jugée sur une ribambelle de critères. L’un d’eux, considéré comme fondamental, n’est autre que la virginité. Concept qui peut sembler archaïque, mais qui dirige encore la vie des femmes. Dans le fond, c’est quoi la virginité ? Pourquoi est-elle encore tant considérée ? 

La virginité, c’est quoi ?

Selon les premières propositions de Google, la virginité est l’état d’une femme avant tout rapport sexuel pénétrant. S’enchaînent alors les conseils pour s’assurer un dépucelage sans douleur, ou, a contrario, les discours paternalistes visant à me convaincre de préserver ce « trésor divin ». 

La preuve, la pièce maitresse de cette virginité tient selon ces sources à la présence d’un hymen intact. L’hymen étant décrit comme la membrane qui protège l’entrée du vagin et le sépare de la vulve. Cette membrane sera, selon ces sources, déchirée lors du premier rapport sexuel, ce qui causera la douleur. 

Et en réalité ?

Oui, toutes les femmes naissent avec un hymen. Mais celui-ci peut prendre une multitude de formes, et parfois est déjà déchiré à la naissance. Par ailleurs, un hymen peut se voir déchiré par une activité sportive intense, des chocs répétés ou l’utilisation d’un tampon hygiénique. Il peut également totalement rester intact lors du premier rapport sexuel, si celui-ci est assez doux et lubrifié. Il est donc possible pour une femme d’avoir un premier rapport non-douloureux, alors qu’il nous a largement été répété que la douleur était normale, et le saignement logique. De ce point de vue-là, l’hymen ne peut plus être le garant de la sainte virginité.

Mais d’où vient ce mythe ?

Dès l’antiquité, les hommes ont très rapidement ressenti le besoin de s’assurer que personne n’était passé avant eux. Et pour cause : à l’époque, une femme était globalement soit vierge, soit potentiellement enceinte. Pour l’aristocratie antique, hors de question de risquer d’avoir un batard sous le bras. Le saignement lors du premier rapport était alors le feu vert, la pancarte « jamais utilisée ». Par la suite, les religions s’occuperont de reléguer le rapport sexuel au rang de pêché suprême, prenant soin de signaler que la seule star féminine de la bible n’a jamais été « souillée ». 

Avec la libération sexuelle, il est relativement courant en occident pour une femme d’avoir déjà connu un rapport avant mariage, et il est même parfois préférable qu’elle soit déjà « expérimentée ». Mais pas trop. 

Aujourd’hui, le monde médical s’accorde pour dire qu’il n’y a pas de preuve indiscutable possible pour déterminer la virginité d’une femme. Et pourtant, il semble toujours très important dans notre société de déterminer si une femme est vierge, ou pas assez.  

La pression collective

L’invention de la contraception féminine n’a pourtant pas levé les idées-reçues sur la virginité. Le passé sexuel d’une femme donne dans tous les cas un tas d’opinions. 

Bien que la virginité ne soit plus autant recherchée, qui n’a jamais entendu « C’est juste que je ne veux pas passer après 50 mecs… » ? Peur de se voir soumis à une trop large comparaison ou désir d’exclusivité, je passerais ici les nombreux indices des faiblesses masculines que sous-entend une telle affirmation. Alors, on pourrait croire que se présenter comme vierge résoudrait toutes ces problématiques. Et bien non ! Car femmes, vous serez toujours étiquetées selon cette société.

L’idée qu’une femme soit si fortement définie par l’état de sa sexualité découle de plusieurs choses.

Tout d’abord, on considère toujours l’acte sexuel comme un rapport hétérosexuel, impliquant une pénétration vaginale. Or, nous savons aujourd’hui que l’acte sexuel peut se décliner en multiples techniques, et nous le savions déjà à une certaine époque où il était courant de se délecter d’une femme par l’arrière, pour assurer qu’elle garde son innocence. 

De ce point de vue-là, le concept de virginité tel que nous l’avons acquis ne tient plus.

Dans notre dernière édition dédiée à la sexualité, l’une de nos lectrices nous confiait ce sentiment « d’échec », son impression de ne pas « valoir le coup ». Ce sentiment découle du préjugé que la femme subira toujours le rapport sexuel. Dans l’imaginaire commun, c’est l’homme qui « prend » la femme, et pas l’inverse.

La sensation d’échec quant à elle tient en grande partie sur le fait que la sexualisation est le critère proéminent pour passer au stade adulte, au statut de « femme ». Les représentations culturelles féminines sont indissociables de leur caractère sexuel, et les héroïnes de nos films et bouquins, aussi badass soient-elles, sont rarement dispensées de la scène sexe torride. 

Tous ces préjugés et dictats induisent le sentiment de culpabilité constant qui régit la vie des femmes. 

Ne donne pas trop d’importance à une pénis

Une femme peut être l’actrice de sa condition sexuelle. Il est fort probable que l’absence d’opportunité soit fortement lié au fait que l’on ne sente tout simplement pas prêtes, et le concept même de sexualité est en réalité beaucoup plus large qu’une relation mixte à deux. Une autre lectrice homosexuelle nous confiait n’avoir eu des relations sexuelles qu’avec des femmes, et se considère de fait comme vierge. Or, il serait impossible de définir la notion de sexualité chez une personne homosexuelle comme un acte mixte, car on ne peut définir une personne sur des critères qui ne lui correspondent pas.

La sexualité, c’est aussi une énergie dégagée, une connaissance de soi, l’amour, le charme ou le flirte, c’est plus qu’une pénétration. Car en sacralisant à outrance le concept de virginité, on offre surtout une trop grande place à un « simple » pénis dans notre vie. Se laisser définir par sa sexualité, c’est se laisser se définir par l’autre sexe. 

Une femme, en tant qu’individu complexe, ne peut se caractériser que par un élément de sa vie. Nos vies sont des schémas dont chaque détail forge notre identité, et nous ne devons laisser personne nous définir à notre.

Il est alors important, en tant que femme, vierge ou non, d’apprendre à se définir au-delà de ses relations envers les hommes et de ses pratiques sexuelles. Notre difficulté à nous visualiser autrement que par le filtre des relations n’est qu’un viel héritage de l’époque où la femme, en tant qu’objet, passait de la propriété de son père (stade de l’enfance) à la propriété de son mari (stade de l’âge adulte, transition marquée par le rapport sexuel). 

La société et ses dictats ne sont pas des obstacles simples, et que tu sois vierge ou pas, tu as probablement déjà été confrontée au jugement des autres, ou à ton propre jugement, ayant trop intériorisé le schéma féminin que l’on souhaite que tu suives. Ce qu’il faut comprendre, c’est que tes expériences passées ne sont qu’un élément de la mosaïque qui forme ta personnalité.

Tu n’as pas à t’excuser ou te sentir honteuse de tes choix. Tu ne te définis pas par l’attention que les hommes ont pu t’apporter, ni par l’attention que tu leur portes, et encore moins par le passage, ou pas, d’un pénis entre tes jambes.