Le sexisme dans l’art : le reflet d’une domination masculine historique (et y’en a marre !)

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En 2018, le mouvement « me too » est né. Les accusations d’agressions ou de harcèlement sexuel fusaient dans le milieu de l’art, et plus particulièrement du cinéma. Le 7eart n’est pourtant pas le seul cocon confortable du sexisme, qui se révèle être bien plus profond que des actes. 

L’Histoire

En 2016, les Guerrillas Girls ouvraient la bataille et dénonçaient l’inégalité notable d’artistes représentées dans les expositions d’art contemporain. Car si l’Histoire peut expliquer l’absence de femmes sur les murs des expositions d’œuvres passées, le présent ne satisfait toujours pas des mœurs qui ont pourtant tant évolué. Historiquement, les femmes ont toujours été reléguées à la position de femme au foyer, de mère, ce qui laissait peu de place à l’encouragement de la pratique artistique. Les quelques femmes ayant réussi à se faire une place dans le milieu font toujours figure d’exception ou de marginalité. Frida Kahlo, ça vous dit quelque chose ?

Par ailleurs, l’art, étant une pratique dénuée de tout instinct animal, est une action noble, intellectuelle, réservée aux élites et par conséquent, aux hommes. 

Il a longtemps été interdit aux femmes de s’inscrire dans des écoles d’art, ou même d’acheter de la peinture ou d’apprendre le dessin. Pour cause, les modèles étaient souvent nus, et cette nudité ne pouvait risquer de compromettre l’innocence féminine. De plus, une femme, appartenant soit à son père soit à son mari, ne pouvait faire affaire pour quoi que ce soit, voyager ou étudier. De fait, une femme ne pouvait pas pratiquer la peinture à moins que son mari la pratique également. La première et rare femme à avoir pu vivre de son pinceau est Artemisia Lomi Gentilesch, qui put accéder à la peinture par son père, artiste au 16esiècle, un des peintres majeurs de Rome. Remarquablement talentueuse, ses contemporains diront d’elle qu’elle « peint comme un homme »

De nos jours, les chiffres montrent une majorité de femmes au sein des écoles artistiques. Et pourtant, sur les murs des expositions ou au festival de Cannes, les noms disent le contraire…

Plans fesses, toujours plans fesses

Qu’il s’agisse de cinéma, de peinture, d’écriture, cette tendance inégale se confirme, pour t’en convaincre facilement il suffit de compter le nombre de productions artistiques féminines que tu as pu découvrir lors de ton parcours scolaire. Peu

Le collectif féministe que sont les Guerrilla Girls souligne la règle « Pour rentrer dans une exposition, il faut être nue ».

Et pour cause, que ce soit lors de la photographie ou du cinéma, les plans fesses en veux-tu en voilà. Cannes s’effarait cette année de compter 178 plans de fesses dans le nouveau film de Kechiche. Pourtant, le réalisateur avait déjà donné le ton lors de la réalisation de « La vie d’Adèle », pour lequel les actrices se seraient plaintes de la longueur des scènes de sexe et du nombre de prises aberrant exigé par le réalisateur.

La femme et son corps incarnent toute une mythologie, une série de fantasmes rêvés qui en font les parfaits modèles pour toute production artistique. Partant de cela, il n’est pas étonnant que bon nombre d’artistes s’en gavent. L’Histoire de l’art, mise bout à bout, ne constitue de loin qu’un enchaînement de représentations féminines, souvent nues, parfois habillées, signées par des messieurs : la déesse, la vierge, la séduisante, la diva, la prostituée, la michto… La problématique, c’est qu’être « muse » ou « sujet » ne sont quasiment que les deux options d’une femme dans le monde artistique. 

En 2016, une étude passe au radar 40 scénarios de films nommés aux Oscars. Résultat : même dans le cas où le premier rôle est féminin, la parole est monopolisée à 63% par des hommes et seulement 37% par des femmes. En même temps, c’est pas pendant qu’on filme ses fesses qu’on va la faire parler. Un cul, ça ne s’exprime pas, tu comprends

Parallèle peu étonnant lorsqu’on sait que seulement une réalisatrice travaille pour 24 réalisateurs dans le cinéma. De fait, l’œil derrière la caméra est majoritairement masculin, et le regard posé est donc souvent, consciemment ou pas, teinté d’une domination masculine ou de désir.

C’est à ce moment que l’actrice Reese Witherspoon (notre Legally Blond) a décidé de ne plus donner aux femmes le second rôle, fatiguée d’entendre toujours la même phrase de la bouche des actrices « Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? » Sa réaction est juste incroyable.

L’artiste, cet être à qui l’on pardonne tout

Les accusations de harcèlement, viols et agressions sexuelles ne manquent pas dans les milieux de l’art. Après la dénonciation du comportement répugnant d’Harvey Weinstein, les témoignages ont fleuri partout sur les réseaux sociaux, dans une sombre chorégraphie. Je citerais aussi Woody Allen,qui cumule les accusations concernant ses comportements plus que douteux, ou en musique, Bertrand Cantat, icône du rock n’roll et meurtrier de sa femme, Marie Trintignant.

Et ces personnalités ne font pas tâche dans le tableau. Bon nombre d’artistes, quel que soit la discipline, cultivent des personnalités tourmentées, empreintes à la violence, sévères, austères et malsaines. Il est souvent considéré que seules les âmes tourmentées peuvent produire des esthétiques qui flirtent avec le spirituel.

L’artiste est alors visualisé comme un être transcendant, dépassant toute loi du pauvre commun des mortels. Pire, ces esprits provoquent souvent une véritable admiration qui a pour effet de les laver de tout mépris ou tout procès.

Est-ce que questionner l’art, c’est censurer ?

Ce n’est un secret pour personne, l’Histoire est sexiste. La culture étant le fruit d’une société à un moment donné dans un lieu donné, l’art ne pouvait rien produire d’autre que des productions elles-mêmes teintées de ce sexisme. 

Mais aujourd’hui et maintenant que les mentalités ont évolué, est-il réellement pertinent d’encore porter de l’intérêt à des productions sexistes ? Doit-on se refuser d’apprécier les œuvres d’artistes ayant violé, battu ou tué ? Peut-on séparer l’œuvre de l’artiste ou la dénuer de sa responsabilité sociale ?

L’art a toujours été présent pour permettre de questionner la société dans laquelle il s’ancre. De fait, nous devrions être libres de pouvoir questionner des œuvres aux mœurs datées, ou d’étudier les œuvres de certains artistes à la lumière de leurs comportements. Pas sûre que la voix rauque de Bertrand Cantatsonne comme un blues romantique, si c’est au visage de sa femme qu’on pense. 

L’art, en tant qu’acteur d’une société culturelle, est également une arme politique et sociale. L’œuvre ne peut, selon moi, pas s’interpréter au-delà de sa responsabilité sociale, au même titre que pour les médias. L’art est un message, une manifestation, une leçon qu’il serait grand temps de dépoussiérer.