Les tests ADN en kit : la vérité derrière la tendance

Blog post image

Tout a commencé avec une publicité. Une vidéo adaptée aux réseaux sociaux, partagée en masse. Un buzz. Plusieurs personnes « fières de leurs origines », assurant être 100% issues d’une nation précise. Des idées et images qui dressent le tableau d’un chauvinisme plutôt dépassé.

Quand on leur pose la question « Est-ce qu’il y a un pays que vous n’appréciez pas vraiment ? », les réponses fusent. Elles sont rythmées par les stéréotypes, teintées de haine de l’autre et à peine nuancées par des sourires gênés. Ces personnes se voient alors proposer un test ADN destiné à retracer la totalité de leurs origines, que l’on découvrira fort diverses.

Larmes. Émotion. Like. Partages en masse et début du buzz. Mais que se cache-t-il réellement derrière ces tests ? 

Un coup marketing brillant

Les dernières phrases de la vidéo sonnent comme une ode au vivre ensemble et à la bienveillance : « Un monde ouvert commence avec un esprit ouvert ». Fondu au noir. Apparait alors enfin la clé de notre voyage vers la tolérance : LetsOpenOurWorld.com, un site comparatif de prix de billets d’avions. 

Coup marketing brillant. On se demande tout de même si la manœuvre n’a pas plus largement profité aux entreprises proposant ces mêmes tests ADN. En France et en Belgique, le leader du marché est MyHeritage. Basée à Israël, la marque s’est imposée à grand coup de partenariats avec des influenceur·euse·s.

Pour 79 euros, on me propose de retracer le chemin de mes ancêtres et déterminer les catégories ethniques présentes dans ce que j’ai de plus intime, ce qui relève de l’essence même de mon corps, ma personnalité et de toutes mes caractéristiques. Un bout de moi, en somme.

La destination de notre ADN

On le sait, l’un des plus grands enjeux de notre décennie se trouve dans l’utilisation de nos données personnelles. Des réseaux sociaux au service de la reconnaissance faciale, en passant par la simple carte de fidélité de ton supermarché : tous ont bien compris que l’or du 21e siècle, ce sont nos informations. 

Les tests ADN, eux aussi, l’ont bien compris. La science et la technologie requises pour mener à bien (ou à demi-bien, j’y reviendrai) une telle opération coûtent une fortune, et le prix calculé pour populariser ces tests en kit ne peut permettre de couvrir ces dépenses. En pratique, un test ADN de ce type vaut approximativement 1000 euros. Quelle grandeur d’âme de nous les proposer presque 900 euros moins cher ! Oui, mais non. 

En réalité, ce qui permet à ces entreprises de s’épanouir, c’est nous. L’ADN est une donnée très personnelle qu’il est difficile de se procurer via une carte de fidélité, mais extrêmement précieuse du point de vue de la diversité des informations qu’elle contient. De ma personnalité, passant par ma morphologie jusqu’à ma famille, ce n’est rien d’autre qu’un morceau de notre personne.

Notons qu’en France, ces récoltes de données sont interdites. Les politiques de confidentialité de ces sites m’expliquent timidement que mon ADN est conservé de manière perpétuelle. Pour valider la demande, je dois cocher « j’accepte ». Une simple croix qui me fera renoncer à l’un de mes droits.

Nos données génétiques sont réutilisées non seulement pour la recherche médicale et pharmaceutique, mais (surtout) par les entreprises commerciales. Notons également que l’entreprise à laquelle j’ai donné mon ADN peut, à tout moment, être rachetée, vendue, modifiée. Et mes données seront réutilisées à d’autres fins. Sans changer de nom, les entreprises peuvent également à tout moment changer leur politique de confidentialité. Et je sais que tu mens si tu me dis que tu lis tout avant de cocher « j’accepte ». 

En 2018, des partenariats ont dépassé les 500 millions de dollars pour racheter de telles données. Ma maman m’a toujours dit que je valais de l’or, m’enfin là, quand même.

Tout ça pour quoi ?

Peut-être que connaître mes origines me parait si important que je pourrais passer au-dessus de l’idée que je paie pour que l’on vende une partie de moi. Le besoin d’appartenance est un pilier fondamental de notre équilibre psychologique, et ces tests se présentent alors comme la clé de notre connaissance interpersonnelle. 

Sauf que bof. L’ADN sera traité en fonction de la base de données que l’entreprise possède déjà. De fait, la grande majorité des ADN dont ils disposent sont occidentaux et blancs. La marge d’erreur, si l’on possède des origines non-occidentales, est très large. Un autre point à souligner est que l’ADN ne relève pas les cultures.

L’ADN ne constitue pas votre culture et il n’est certainement pas garanti qu’il vous renseigne sur les lieux, l’histoire et les cultures qui vous ont façonné.

Sarah Zhang, écrivaine, 2016

Au-delà de la marge d’erreur, il faut se pencher sur l’utilisation de ces tests. Le buzz originel nous vendait une illustration parfaite du vivre-ensemble. En réalité, les suprématistes blancs se seraient largement emparés de la tendance, prouvant alors leur « perfection génétique ».

Par ailleurs, nous partageons tous une partie de notre ADN avec notre famille. Les sites proposent d’ailleurs de retrouver des personnes avec qui vous auriez des liens de parenté dans le monde. De fait, en acceptant de vendre mon code génétique, j’accepte également de vendre celui de ma famille, sans leur consentement. Ah oui, et la police peut également accéder à ces données.

Je pourrais encore lister les conséquences sur bien des pages, mais je m’arrêterais là. Au final, la liberté individuelle est un droit, et il appartient à toute personne d’évaluer l’équilibre entre le coût réel et les avantages d’une telle manœuvre, tant qu’elle est pleinement informée. Pleinement informée ? On en est plutôt loin, et c’est précisément où se trouve la différence avec la liberté. 

Si l’État nous avait demandé notre code génétique, il y a fort à parier que la contestation se ferait entendre. Et c’est pourtant ce que nous faisons au profit d’intérêts que nous ne connaissons même pas, les yeux bandés par la servitude volontaire.

Alors, toujours fashion ces tests ?