Lettre ouverte à Cristina Cordula : pourquoi ta mode me saoule, ma chérie

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Je suis consciente que je ne ferai pas l’unanimité avec cet édito, et je suis également consciente que pour le coup, ma plume ne sera motivée que par une énergie rageuse. Et tu sais quoi ? J’assume. Attention, Madame Cordula ne fera office ici que de personnification de tout un système médiatique et de règles archaïques, il ne s’agit en aucun cas d’un procès d’intention ou d’une marque d’animosité à l’égard de sa personne. Car je respecte toutes les femmes sans distinction. Reprenons. 

« Ma chérie, ça va pas du tout ! »

L’ex mannequin est apparue sur nos petits écrans il y a maintenant plusieurs années avec l’émission « Nouveau look pour une nouvelle vie » et « Les reines du shopping ». La première bénéficiait d’une aura bienveillante qui lui offrait un mérite variable, du moins en apparence.

Car la phrase fétiche de ces émissions, dans les deux cas, résonne comme un coup de marteau : « Ma chérie mais ça va pas du tout ! ». Qu’est ce qui va pas du tout ? Moi ?

Ce qui m’agace, c’est la vision du style et de la mode que reflètent ces émissions populaires. La mode, lavée de tout son caractère artistique, est simplifiée en un schéma rigide, composé d’une ribambelle de règles, dont le nombre est proportionnel à l’écart que tu as avec l’idéal de beauté féminin occidental.

Pas trop court si plus ronde, pas de bras en vue si plus âgée, pas de large si petite, BLA-BLA-BLA. Ce qui ressort ici, c’est qu’il faut absolument que nos « défauts » soient gommés ou au moins atténués lorsque nous choisissons notre tenue. Erreur. Selon moi, la mode est passionnante car elle est libre et permet de faire s’exprimer notre personnalité au quotidien.

Ton corps est un tableau et ton style les pinceaux, amusons-nous ! 

Nettoyer la mode de sa dimension créative, ce n’est pas du style, c’est une tentative vaine d’être dans le coup, de se calquer sur des injonctions sociétales, et c’est surtout ringard à crever. Sorry, not sorry. 

Compétition et bitchage

Un autre point problématique se révèle dans le concept même de l’émission populaire « Les reines du shopping ». Ici, 5 femmes vont s’affronter dans une compétition de stylisme. Pourquoi pas. Mais quand on y regarde de plus près, c’est plutôt à celle qui respecte le mieux toutes ces règles et prend le moins de risque que la couronne ira. A la plus conforme, en soi. 

Et que dire du format de production. Encastrons toutes les participantes dans une petite pièce face caméra et assurons-nous de leur extorquer les avis les plus moqueurs à propos des autres participantes. 

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Si l’on prend un peu de recul, l’image de la reine du shopping n’est franchement pas fameuse : une femme en sueur qui galope tant bien que mal dans Paris en talons pour trouver LA petite blouse, critiquée au passage par 4 autres femmes qui épient ces faits et gestes. Sérieusement, pourquoi on regarde ça ? En réalité, il n’y a là qu’une caricature nauséabonde de la personnalité féminine, probablement pensée par des hommes. 

Plus loin que son écran

Ce n’est pas tant les émissions et leur contenu qui posent problème, mais plutôt les préceptes sociologiques qu’elles perpétuent. Le contenu médiatique de divertissement a pour première devise d’offrir au public ce qu’il veut voir, et considérer que des contenus de ce types sont du désir du public revient à assumer pleinement que ces schémas sont et resteront de mise dans nos sociétés.

On pourrait me sortir la carte de l’abus d’esprit critique pour des sujets d’une innocence apparente, mais il a été maintes fois observé que les médias ne provoquent pas les changements profonds des mentalités : ils les suivent. 

En posant les premières pièces du puzzle de la critique de contenus médiatiques et de la pop-culture, nous poserons peut-être les dalles manquantes du chemin (certes encore long) menant à un traitement respectable des femmes, de leur corps et de leurs choix. 

Je revendique le droit de rager intelligemment. Et sorry Cristina, mais ta mode me saoule.