Monica, Céline, Gaëlle : féminicides, il faut ça cesse

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Elles sont 130 à l’heure où j’écris ces lignes, en Belgique et en France, à avoir perdu la vie sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint cette année. En France, ces actes seront traités comme des meurtres. Les débats concernant la possible intégration du mot « féminicide » dans le code pénal font rage. Pourtant, en y regardant de plus près, la réponse est simple. Reprenons. 

Aujourd’hui, en France et en Belgique

En France, les meurtres conjugaux ont leur place dans le code pénal. Le coupable risque une peine de prison de 3 ans et jusqu’à 45 000 euros d’amende si les coups ont causé une incapacité de travail. Il n’y a aucune distinction entre meurtre conjugal selon le sexe de la victime.

En Belgique, seul le gouvernement de Bruxelles-capitale a voté une résolution contre les féminicides. 

La définition du féminicide

Féminicide, le meurtre d’une ou plusieurs femme(s) en raison de leur condition féminine. 

On pourrait rétorquer que les meurtres conjugaux ne tiennent pas dans cette catégorie. En s’y penchant de plus près, il est évident que 90% des violences conjugales sont subies par des femmes.

Mais les statistiques ne reprennent que les plaintes déclarées, passant sous silence les coups que subissent certaines femmes, trop honteuses ou apeurées que pour s’exprimer…

Le phénomène des violences conjugales est par ailleurs indissociable du sexisme et de la domination du sexe masculin. Lorsqu’un homme la décision de frapper sa femme, il faut y voir un dysfonctionnement social entre les genres.

L’élément qui fera en général passer le compagnon/l’ex-compagnon de la violence au meurtre réside majoritairement dans le désir qu’aura dévoilé la femme de prendre sa liberté. Tuer une femme ne relève pas nécessairement d’un besoin meurtrier, mais plutôt d’un désir extrême à la posséder.

Arracher le dernier souffle de vie à un individu, c’est s’assurer qu’il n’appartiendra jamais à personne d’autre. 

Plus loin que le couple

Notons que le terme féminicide ne dénonce pas que les meurtres conjugaux. Les pages de faits divers nous ont habitué·e·s aux histoires sordides de meurtres précédés de viols.

Les médias semblent par ailleurs traiter en grande majorité ces cas comme des meurtres de « faits-divers habituels », n’offrant la dénomination de « féminicide » que lorsque l’agresseur est racisé.

Ces crimes ne visaient pas cette femme, ils visaient la femme, n’importe quelle femme. Ils ne sont rien d’autre que l’expression violente d’une inégalité aggravée, d’un mépris acerbe à l’encontre du genre féminin. 

Avec du recul, il faut comprendre que la moindre trace d’irrespect envers les femmes est capable de déboucher, à plus grande échelle, à un massacre tel que celui-ci. Car si la femme ne mérite pas le respect, en quoi mérite-t-elle protection ? 

Plus loin que la loi

L’État ne prend pas ses responsabilités pour réagir de manière proportionnelle à ce massacre. En France, le nombre de mortes ne fait qu’augmenter. En pourtant, le changement dans la législation suffirait-il à arrêter le massacre ?

Le silence des femmes dure généralement jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Ce silence est en grande partie causé par le mauvais traitement qu’elles recevront lors du dépôt de leur plainte. Un·e policier·e prenant peu de considération pour une femme lors de son arrivée, c’est un risque doublé qu’elle ne revienne plus. Les services sociaux/exécutifs doivent être formés à gérer ce genre de problématique.

Au-delà de ça, prenons conscience que la violence à l’encontre des femmes est banalisée, à même titre que les caractères violents et impulsifs semblent communément appropriés de manière naturelle au genre masculin. 

Un homme violent et jaloux, cela semble être la norme. Une norme largement appuyée par la pop-culture et l’art du cinéma. Le fantasme reste une femme qui se tait, et un homme au sang chaud prêt à se rendre fou sous prétexte d’amour.

L’amour que nous vend la littérature et le cinéma, c’est un amour toxique. Présenté comme passionnel, il nous persuade qu’amour et haine se doivent de flirter constamment, qu’il n’y a rien de plus sexy qu’un homme jaloux, et que ce n’est qu’une preuve de son affection. Il est urgent de renverser ce schéma du couple passionnel

Aider et être prête à aider

Prévenir ces comportements ne sera pas une mince affaire. Il s’agit de renverser les schémas éducationnels de nos enfants, d’éduquer à la racine. Un autre point primordial est de comprendre qu’un homme violent, jaloux ou déséquilibré ne changera pas.

Les femmes, en bonne entrepreneuses de nos vies, semblent considérer que nous avons pour mission de rendre chaque homme meilleur. L’homme avec qui tu noues une relation n’est pas un prototype, et il n’est pas de ton devoir de le changer : tu n’es ni psy, ni déesse. Au moindre comportement dangereux, ou signe de déséquilibre mental, je ne peux te conseiller que de fuir. 

Dans le cas où tu te retrouverais face à une situation dangereuse, toi ou une amie, sache qu’il existe des associations dans la majorité des régions françaises et belges (SOS Violences Conjugales, SOS Viol). Tu peux trouver le numéro le plus proche de toi, ou contacter le 3919, numéro gratuit d’aide aux femmes victimes de violence.

Il est très important de se tourner vers des personnes compétentes en termes sociaux et juridiques, ces problématiques sont graves et dépassent le champ d’action des conseils de couple que peuvent te prodiguer tes ami·e·s.


À la mémoire de : Monica, Pascale, Taïna, Céline, Félicie, Séverine, Nadine, Ophélie, Antoinette, Martine, Denise, Irina, Jackie, Chloé, Lucette, Stéphanie, Michèle, Béatrice, Patricia, Sylvia, Josette, Ginette, Gaëlle, Fabienne, Natalie, Chantal, Mélissa, Corinne, Maureen, Daila, Priscilla, Coralie, Samantha, Irina,… et nos 100 autres sœurs parties trop tôt.