Pourquoi la mode reste l’un des milieux les plus sexistes

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Le milieu de la mode féminine, que ce soit au sein de la haute couture ou dans les grandes enseignes de fast-fashion, reste et semble vouloir rester l’un des milieux les plus sexistes de notre époque. Des éléments les plus visibles aux plus enfouis, passons en revue les caractéristiques principales de ce sexisme structurel.

Communication de luxe : capitaliser sur nos complexes

Ce n’est un secret pour personne, la majorité des publicités du monde de la mode ne se préoccupent pas (encore ?) des vagues body-positives. Et si elles le font, il s’agit plus d’un coup de buzz passager que d’une réelle envie de changer les mœurs. 

Car une marque qui vise les femmes ne signifie pas qu’elle soit automatiquement bienveillante envers les femmes. Le monde de la mode continue de capitaliser largement sur nos complexes. Mannequins taille 32 uniquement, peu de diversité des ethnies, il est peu probable que tu te reconnaisses dans les publicités mode. 

Et c’est exactement le but de ces enseignes. Faire en sorte que tu te sentes « trop ci ou pas assez cela » permet de poser une frontière imaginaire entre « la perfection » et nous, pauvres mortelles. Cette frontière, tu ne pourras bien sûr espérer la passer qu’en te procurant l’un des produits de la marque. Et encore. Ce qu’il faut comprendre, c’est que le malaise que tu ressens devant la perfection irréelle des corps est exactement le sentiment que ces publicités veulent provoquer en toi.

Et nous ne parlons ici que des campagnes qui utilisent des corps irréels. Il y a quelques années, Carine Roitfeld, ex rédactrice en cheffe du Vogue Paris, et Tom Ford créaient l’ère du « porno chic », n’hésitant pas à placer ces corps irréels dans des positions pour le moins dégradantes (uniquement les mannequins femmes, évidemment), et profitaient de pouvoir jouer des codes de la violence et de la domination entre genres pour vendre et créer un fantasme pouvant mener à l’achat. 

De l’art avec une critique de la société en fond ? Aucun des créateurs ne l’a jamais laissé entendre, et quand bien même ce fut le cas, nous restons en droit de questionner l’influence d’une telle manœuvre sur le public.

Position de force : femme créature, homme créateur

Si l’on doit replacer la mode dans les schémas sociétaux de genres, il est presque automatique de la classer dans la catégorie féminine. Mais pas à tous les niveaux. De la même manière, la cuisine est longuement restée l’apanage des femmes, mais les femmes disparaissent des statistiques lorsqu’il s’agit de compter le nombre de grands chefs étoilés.  

Le styliste entretient une position d’artiste incompris, une aura de génie. Pourtant, rare sont les femmes qui ont pu acquérir cette réputation au fil du temps. Quoiqu’il arrive, dans le monde de mode, la femme est la créature et l’homme le créateur.

Les vêtements sont en majorité pensés par des hommes, et bien que les volumes et les lignes soient pensés avec une justesse divine, le confort féminin ou l’aspect pratique ne sera jamais réfléchi.

C’est la théorie qu’a voulu mettre en lumière l’exposition « Back side » à Paris, où une innombrable quantité de robes à fermetures dans le dos étaient dévoilées. Car la fermeture à l’arrière du corps est le signe d’une soumission, d’une incapacité à décider quand on veut la fermer ou l’ouvrir (à moins d’avoir développé des stratagèmes dignes d’un master en ingénierie technique).

Par contre, il ne sera jamais imaginé de pouvoir appliquer quelque chose de similaire à une tenue masculine sous prétexte d’une quelconque supériorité de l’élégance.

La majorité des créateurs reconnus sont des hommes homosexuels. Cela semblerait logique, si l’on considère que pour pouvoir habiller une femme avec brio, il ne faille pas avoir envie de la déshabiller. Mais qu’on le veuille ou non, homosexuels ou pas, cela débouche sur une incompréhension des besoins du corps féminin et de ses courbes. Connaissance que seule une femme ou un homme très concerné peut posséder. 

Plus haut dans la hiérarchie, le modèle reste le même. Toute grande enseigne est forcément détenue par un PDG encore plus hautement placé, et ceux-ci restent encore majoritairement des hommes. 

Le traitement des mannequins objets

Ces débats ne datent pas d’hier et pourtant, il semblerait que le secteur tarde une fois de plus à se mettre à jour. C’est d’autant plus vrai dans le monde du luxe : la mannequin n’est pas là pour mettre en valeur le vêtement (qui n’est bien évidemment pas calculé pour mettre en valeur des formes féminines), mais pour disparaitre en dessous.

Vous comprenez, une vingtaine de mains ne vont pas perdre des heures à broder si c’est pour que des affreuses hanches se permettent d’elles-mêmes imposer une courbe au tissu, ou pire, une paire de seins ! 

La pièce se doit de retranscrire à la perfection l’imaginaire du créateur, et ne peut donc pas se permettre de devoir se préoccuper des futilités que sont la morphologie ou le confort. Tel est le mantra de la haute couture. 

Les mannequins sont largement considérées dans l’industrie comme des objets. Injonction à une maigreur toujours plus extrême, absence de protection du travailleur, le métier de mannequin n’est pas facile, et personne dans le milieu semble vouloir le voir devenir plus surmontable.

Sans parler du traitement de la pudeur. Le nombre de plaintes de mannequins contre des photographes pervers et arrivistes ne fait qu’augmenter, et le secteur aurait dépensé une énergie notable dans le but de voir ces témoignages soumis au silence, de peur d’entacher la soie immaculée de l’industrie du luxe.

Nous postions d’ailleurs il y a quelques semaines cet article sur notre site.

Malheureusement, encore aujourd’hui, il semble socialement accepté de considérer qu’une femme qui prend la décision de faire de son corps/son apparence son métier, mériter plus ou moins les impacts négatifs.

La mode ne joue pas avec les femmes, elle se joue plutôt des femmes. Ouvrir rapidement les yeux sur cette problématique est primordial pour que le milieu ne bénéficie pas une fois de plus du passe droit que lui procure son prestige.