Pourquoi les critiques envers Greta Thunberg vont trop loin et nous détournent du véritable enjeu écologique

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Depuis qu’elle fut désignée comme le visage de la nouvelle vague écologiste, Greta Thunberg est devenue la cible de commentaires virulents et de caricatures de la part du peuple et des politiques. Certains semblent oublier que l’on s’adresse à une très jeune fille de 16 ans à peine. La haine envers Greta n’est-elle pas le témoin de quelque chose de plus profond ?

Une personnalité attendrissante et brillante qui intrigue

Si la jeune fille a été élevée au rang de « gourou » de l’urgence climatique, c’est que son personnage revêt une symbolique particulière. Son jeune âge représente toute la jeunesse révoltée. Son apparente naïveté et son inexpérience politique lui confèrent toute l’innocence que le peuple aimerait parfois retrouver chez ses dirigeants, entachés de scandales financiers et marqués par les lobbys. Il fallait également que Greta soit une jeune fille, aussi attendrissante sous certains angles que féroce et brillante sous d’autres, pour éveiller les âmes féministes (ou antiféministes) et voir dans son regard déterminé la libération d’un genre.

Si Greta éveille tant de haine, ce n’est pas tant pour ses discours que pour ce qu’elle représente. Les politiques prenant soin de minimiser chacun de ses actes, semblent pourtant scruter le moindre de ses faits et gestes, avec un agacement flirtant de près avec la haine

Évidemment, voir le peuple suivre poing levé une adolescente de 16 ans, ça flanque à terre n’importe quel égo fragile de politicien. Ça dévoile surtout une peur maladive. Lorsque l’on s’effraie de ce que l’on moque, c’est que finalement, on sent que c’est vachement sérieux. Ce que Greta représente, ce n’est pas seulement une crise écologique : c’est un refus de tous les systèmes économiques et politiques en place. 

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Comme 50% de la population humaine, Greta prendra double peine, car elle est une femme. Non seulement elle devra essuyer toutes les moqueries, mais elle prendra également en pleine face toute la misogynie du milieu. Pour aller si loin dans la critique, il est évident que quelque chose de plus profond que la « menace écologique » plane au-dessus des têtes, et ce quelque chose a pris la forme d’une jeune femme qui s’exprime. 

Écologie, la faute à qui ?

Les attaques envers la jeune activiste se rangent généralement dans une case : la critique ad hominem, la confondant autant pour ce qu’elle est que pour ce qu’elle fait. Eveiller les esprits et se rendre dans les plus grands organes décisionnels du monde ne suffit manifestement pas pour prouver sa bonne volonté.

Récemment, Greta prit la décision de se rendre à New-York à la voile. Les médias se déchaînent depuis quelques heures, apprenant que l’équipage reprendrait l’avion pour le retour

Cette spirale infernale de la culpabilisation est au cœur des débats entourant l’écologie aujourd’hui, et est l’origine même de la paralysie mondiale, politique et populaire, sur la question. Nouvelle VS ancienne génération, végétariens VS omnivores, politiques VS peuple… On ne cesse de trouver de nouvelles cibles et de se renvoyer la balle.

Alors que le peuple descend en rue pour réclamer une action politique, le politique souligne qu’il est du ressort de chacun d’agir à sa hauteur. La jeunesse se sensibilise et le 3e âge rit du paradoxe du militant à iPhone. 

Quand la critique paralysie les débats

Ce qui résulte de tout cela, c’est une échelle de combats entre x et y, qui ressemble plus à une rupture qui tourne mal qu’à un véritable mouvement politique, pendant qu’aucune véritable action n’est entreprise

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L’urgence écologique est telle qu’elle semble avoir mené le peuple dans l’un ou l’autre extrême : soit je prends conscience avec une énorme claque, soit je refuse et me ferme totalement à tout dialogue. C’est un schéma caricatural et lavé de toute la complexité individuelle et sociétale. Mais il est primordial pour arriver à saisir la nature de l’impasse

L’attention détournée du problème cible

Peuple, politique… Il manque ici un troisième élément très puissant : le pouvoir médiatique. La plupart des organes médiatiques semblant avoir déjà trop la tête sous l’eau que pour se préoccuper d’une quelconque éthique. Ils se mettent à jouer avec ces codes de la raillerie, relaient les critiques et infos de second plan, sans aucun impact démocratique, mais pas moins vendeuses

En réalité, ce que les critiques envers Greta Thunberg nous dévoilent, c’est avant tout ce jeu malsain où, dans une situation de bien commun, chacun tentera toujours de tirer son épingle du jeu. Ce que les critiques envers Greta Thunberg nous dévoilent, ce sont avant tout nos propres faiblesses. On assiste alors à un téléfilm d’une absurdité sans nom, saupoudré de sexisme et de guerre générationnelle. Et ça, ce n’est pas de la politique.