Quand l’actrice du remake d’Ariel dérange…

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Cette semaine, le nom de l’actrice qui prendra le rôle d’Ariel dans le remake de « La petite sirène » a été dévoilé, et ce nom emmerde déjà pas mal de monde. D’où vient cette frustration et surtout, pourquoi n’a-t-elle aucun sens ?

L’origine du « problème »

L’actrice en question se nomme Halle Bailey, chanteuse, comédienne, et noire. Il n’en fallut pas plus pour que bon nombre d’opinions s’affichent et que les esprits s’échauffent.

Le fond de l’argumentation ne tient qu’à une phrase : elle ne ressemble pas à La petite sirène. Argument de poids, étant donné qu’Ariel est non seulement une animation qui n’a jamais existé, mais qui est en plus une sirène aux cheveux rouges. Franchement, des actrices qui rassemblent toutes ces caractéristiques, c’était facile à trouver, non ?

D’autres appuient le fait que cela va à l’encontre du conte originel qui se base au Danemark. Or, à part quelques détails architecturaux, Disney n’a jamais grandement insisté sur cet ancrage géographique. Il n’est de plus pas ici question d’une histoire profondément teintée d’un contexte historique et politique, comme le sont Pocahontas ou Mulan.

Le changement d’ethnie, une habitude à sens unique dans le cinéma

Le 7eart nous avait pourtant habitué à perturber les codes et les ethnies de ses personnages. Manifestement, cela ne fonctionne que de la couleur vers le blanc. Cette pratique a un nom : le white washing, défini comme le fait de sélectionner des acteurs blancs pour jouer le rôle de personnes racisées. 

Pour ne citer que les plus connus : Exodus, Prince of Persia, ou encore plus récemment Aladin, censé s’ancrer dans le monde du moyen-orient et qui mélange maladroitement les codes rêvés des milles et une nuit, de l’Inde et de la Chine, dans une sorte de « soupe de clichés orientaux ».

D’un autre côté, les « méchants » de films vont eux souvent garder une couleur de peau plus teintée. Pour garder l’exemple d’Aladin, Jafar gardera sa couleur de peau plus foncée, autant dans le film animé que dans la version récente. 

Rare sont les moments où les réalisateurs vont s’exprimer sur ces choix, et lorsqu’ils le font, on aurait préféré le silence. Le réalisateur d’Exodus, Ridley Scott, se justifiait en expliquant : « Réaliser un film avec un tel budget et dire à ses producteurs que l’acteur principal s’appelle Mohammed on-ne-sait-qui venu d’on-ne-sait-où. […] La question ne se pose même pas ». Gros argument Riri, bien vu

Avec du recul, c’est toujours du racisme

Que l’on tente de justifier ça par des arguments sociaux, politiques, économiques ou esthétiques, le fond reste le même, et il ne s’agit ni plus ni moins que de domination blanche, vieille petite fille de notre histoire raciste. 

Selon ce schéma archaïque, la domination de la culture occidentale doit se jouer également par la représentation dans les productions artistiques, et garder sa place de champion économique. 

Ariel ne dérange pas parce qu’elle ne ressemble pas à un personnage de dessin animé, elle dérange par sa couleur de peau. En ce sens, les arguments s’effondrent et ne peuvent dévoiler rien d’autre que l’incapacité d’accepter une femme noire dans la sphère des box-offices américains, et encore moins si son rôle n’a rien à voir avec son ethnie.

En conclusion, Halle Bailey est superbe, elle sera parfaite et je ne passerais pas plus de temps à polémiquer sur la prétendue couleur de peau d’un demi-poisson.