Qui sont ces femmes qui ont pris les armes contre Daesh ?

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Vous en avez sûrement entendu parler : depuis le 9 octobre, la Turquie a envahi le nord de la Syrie pour combattre les armées kurdes qui s’y étaient installées il y a quelques années. Objectif, repousser la l’Etat islamique sur place. Parmi ces troupes kurdes, une armée de femmes qui avait pris les armes contre Daesh et qui est aujourd’hui menacée par l’armée turque. Portrait d’une société où les femmes sont à tous les niveaux d’action.

Film « Les Filles du Soleil »

Depuis le début des années 2000, les combattants kurdes ont été des partenaires indispensables des Etats-Unis et de l’OTAN au Moyen-Orient. Ils ont contribué dans la lutte contre Al-Qaïda et, plus récemment, ils ont été les seuls à prendre les armes sur le sol contre les terroristes de Daesh.

Dans les rangs de l’armée kurde, de nombreuses femmes ont également participé à ce combat. Si cela peut paraître inhabituel dans les pays occidentaux, les femmes ont toujours participé à la guerre du côté du peuple kurde, c’était déjà le cas lors de l’Empire Ottoman quand la commandante kurde Kara Fatma avait dirigé un bataillon de plus de 700 hommes contre l’Empire russe. Une époque et une région pourtant très conservatrices. 

Quelle est l’origine du conflit ?

Pour comprendre ce phénomène, il faut d’abord rappeler qui est le peuple kurde et quelle est l’origine de ce conflit. La population kurde représente à l’heure actuelle environ 35.000 personnes qui n’a pas d’Etat propre. Ils sont principalement répartis sur quatre pays : Turquie, Syrie, Iran et Irak. Depuis de nombreuses années déjà, ils ont réussi à occuper une région autonome en Irak et depuis peu en Syrie.

En Iran et en Turquie, c’est un peu plus compliqué. Les Kurdes sont en conflit avec ces deux pays qui refusent de leur donner une quelconque indépendance et les considèrent comme étant des séparatistes et des terroristes. Il faut également savoir que les terres sur lesquelles se trouvent les Kurdes sont riches en pétrole… Ce qui explique en partie l’enjeu. En Turquie (pays allié de l’OTAN), l’armée kurde – le Parti des travailleurs du Kurdistan (le PKK) – est considérée comme organisation terroriste. 

Quand en 2011, la guerre a éclaté en Syrie et que les djihadistes ont pris possession de plusieurs villes, ce sont les armées syriennes kurdes qui ont combattu les terroristes au sol, soutenus par les raids aériens de la communauté internationale. 

Les féministes kurdes au coeur du combat

Mais les hommes n’étaient pas les seuls à se battre. Les femmes ont été situées à tous les stades durant ce conflit.  Les femmes syriennes, irakiennes, yezidies et kurdes ont été l’une des cibles de prédilection des terroristes. Elles ont été victimes d’esclavage sexuel et ont été vendues sur les marchés de femmes pour financer les activités du groupe terroriste.

C’est alors que des milliers de femmes originaires de Turquie, de Syrie et d’ailleurs ont rejoint les troupes féminines pour libérer leurs sœurs. Initialement, la branche féminine de l’armée kurde (YPG) a été fondée en 2004 : les Unités de protection de la femme (YPJ). A priori, le groupe comptait jusqu’à 24.000 combattantes. Le clan des femmes s’est ensuite grossi de jour en jour. Il a même sauvé des milliers de femmes Yezidies (Chrétiennes d’Orient) en Irak en 2014, un autre peuple que les djihadistes veulent exterminer…. 

Aujourd’hui, les combattantes représentent 30 % de l’armée kurde. Une organisation unique au monde : fondée, constituée et commandée uniquement par des femmes. Et sans doute la plus féministe du Moyen Orient. 

Les femmes ont un rôle bien particulier, elles sont l’objet d’une grande crainte pour les djihadistes. Selon leur croyance, si un djihadiste se fait tuer par une femme, il va directement en enfer et n’est plus considéré comme un « sahid », c’est-à-dire un martyr. Se faire battre par des femmes est inacceptable évidemment, pour eux.

Ils ne préfèrent donc pas s’engager dans le combat quand ils savent que les femmes s’y trouvent… C’est aussi pour cette raison qu’ils s’en sont pris ce 12 octobre dernier à une femme, Havrin Khalaf, qui était à la tête du parti Avenir de la Syrie. Symbole du droit des femmes, elle a été exécutée sauvagement par les mercenaires islamistes. 

Les femmes bien représentées dans la politique

Dans l’histoire du peuple kurde, les femmes ont toujours été à l’égal de l’homme dans les tâches sociétales de leur communauté. En Turquie, les femmes dans les partis pro-kurdes ont un réel poids dans les mécanismes de décision. Elles sont représentées à plus de 40% au sein du parti mais aussi au sein de l’assemblée nationale. 

L’égalité homme-femme, la laïcité, la démocratie ainsi que l’écologie sont les piliers de leur révolution et sont même inscrits dans leurs statuts. La participation de ces femmes dans les combats représente plus qu’une lutte armée, il s’agit pour elles d’une révolution politique et est ainsi destinée à faire évoluer leur société. 

Dans un environnement particulièrement hostile, conservateur et dangereux, ces femmes font plus que survivre, elles se battent corps et âme, de manière courageuse, pour leur liberté et pour celui de tous les peuples opprimés.

Pour comprendre de plus près la réalité de ces femmes, n’hésite pas à visionner le film « Les filles du soleil ».