Répondre au sexisme : how to ?

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On a tous.tes déjà entendu des phrases sexistes. Aujourd’hui, nous sommes capables plus que jamais de les détecter, et d’agir contre. Mais parfois, ces phrases ou actes ressortent de ton entourage le plus proche. Papa, copain, copine, tante… Il est souvent complexe de dire à nos proches que là, ils abusent, ou même se détacher de l’habitude. Comment agir dans ces situations ? 

Commence par te regarder, toi

Je vais commencer par te mettre le nez dans tes propres erreurs. Car sans prendre conscience de nos actions, on ne peut se permettre d’orienter celles des autres. La solidarité féminine connait un renforcement non négligeable, mais sur d’autres points elle ne fait que régresser. Et pour cause, l’avènement des réseaux sociaux et de l’image numérique nous pousse dans une compétition frénétique aux likes, à la plus belle photo, à la plus belle « vie ». Dans ce monde où le culte de l’image réveille nos instincts les plus jaloux, on en oublie souvent que derrière cette photo, il y a une fille avec les mêmes problèmes que nous. Qui n’a jamais entendu ses potes dire en soirée « regardez-là, habillée comme une pute » ou « pour qui elle se prend, elle ? » ou « Elle, elle est chaude ». 

Réduire une fille à la façon dont elle est habillée, son attitude d’une soirée ou les photos qu’elle poste sur les réseaux, c’est sexiste. Ces comportements sont le fruit de notre éducation, qui nous avait appris que les femmes doivent être discrètes, calmes, douces et élégantes. Dans d’autres cas, c’est tout simplement par jalousie. Il faut arriver à se l’avouer, si ton crush a sorti « elle, c’est une pute » en parlant de la fille canon au bar, t’étais plutôt contente, parce que ça la disqualifiait et ça te permettait au passage de te rassurer sur le fait que « ça va, moi, je ne suis pas comme ça ».

Quand une personne critique une fille parce que « avec ce corps, on ne se permet pas ce genre de vêtement », c’est en réalité sa propre insécurité qu’elle dévoile. Quand on regarde les autres, on recherche souvent le reflet de soi-même, avec la même intolérance que l’on peut poser son propre corps et ses propres choix.

Il s’agit donc premièrement ici de se rendre compte que nous aussi, les femmes, nous sommes sexistes dans certaines paroles, mais que ce n’est pas une fatalité. Pour combattre le problème, il est primordial d’apprendre à reposer un regard bienveillant et encourageant sur toutes les femmes que nous croisons. Parce qu’on a toutes nos règles, parce qu’on a toute été emmerdées par ce gros lourd au bar, parce que quand on regarde nos cuisses d’en haut elles ressemblent toutes à des poteaux, parce qu’on en a déjà toutes assez ras-le-bol du comportement de pas mal de gens : alors autant se soutenir, en sororité. 

Alors la prochaine fois qu’une de tes copines, ou toi-même laisse s’échapper une parole remplie de jalousie, rappelle-toi tout simplement que nous sommes toutes magnifiques, et qu’ensemble nous le sommes d’autant plus. 

Détecter et répondre

Il ne s’agit pas ici de virer à l’obsession en cherchant à réinterpréter toute parole comme la preuve d’une inégalité. Mais certaines choses méritent d’être soulignées, et cela n’a rien à voir avec de l’obsession, ce n’est que de la cohérence avec tes valeurs

Pour comprendre si une phrase est sexiste, c’est assez simple. Remplace la femme visée par l’action ou la phrase par un homme. Si tu trouves cela absurde ou si cela ne s’est jamais produit, c’est sexiste. 

Par exemple, as-tu déjà remarqué à quel point, en regardant la télévision, les gens sont plus prompts à automatiquement commenter l’esthétique d’une femme ? En se concentrant sur le physique d’une femme, on pose 90% de notre attention sur son apparence, et ses mots passent à la trappe. « Trop grosse pour cette robe », « Trop maigre » … T’as déjà entendu ces réflexions envers des hommes ? Rarement, n’est-ce pas ? Cela vaut autant pour les femmes politiques que les chanteuses ou les animatrices, chaque femme qui entre dans l’espace public se retrouve visée par tout un nombre de jugements, non pas sur ses réflexions mais sur son physique. La prochaine fois qu’un proche commente le rouge à lèvre d’une femme à la télévision, permets-toi juste un « chut, j’essaie d’entendre ce qu’elle dit ». Cette simple phrase rend déjà une partie du pouvoir d’expression.

Personnellement, les choses les plus choquantes que j’ai entendu provenaient de mes potes, à l’adolescence. Mais encore aujourd’hui, il arrive que certains mecs se laissent emporter par un effet de masse moqueur, ou une vague de « virilité » en parlant d’une femme. Ado, je n’ai jamais eu le courage de leur tenir tête, trop occupée à me demander comment j’allais faire pour que ce ne soit pas moi qu’un jour on traite de salope. Maintenant adulte, je ne laisse plus passer les remarques grasses ou les jugements, et il est devenu automatique pour moi de répondre lorsqu’un ami traite une femme de pute sur la base d’une fumeuse rumeur.

Sauf qu’en réponse à des années de silence, la colère m’emporte parfois. Par fatigue, on finit par ne plus avoir envie de répondre. Parce qu’au final, je dis toujours que les femmes ne sont pas là pour éduquer les mecs, alors pourquoi ce serait à nous de constamment dénoncer et expliquer ?

Il n’y a pas de réponse unique à cette question. Au final, cela dépend de ton mood du moment, de la force que tu as. Parfois, nous sommes juste fatiguées, et laisser passer quelque chose ne fera pas de toi une anti féministe, ni une traitre par rapport à tes valeurs. Si tu te sens l’envie de rétorquer, préfère toujours une explication douce plutôt que t’emporter. A force, tes proches comprendront ta vision des choses et finiront même par prendre conscience de leurs erreurs, et boum, tu es une influeuceuse positive. 

Plus loin que les mots : tellement vrai

Le sexisme, c’est aussi la maman qui va moins insister pour que ton frère aide pour les tâches ménagères, c’est aussi ce réflexe d’acheter des produits de beauté ou le nouveau mixeur haut de gamme pour la fête des mères et le vin pour papa, c’est aussi diriger automatiquement sa fille vers les robes de princesses et son garçon vers les voitures, encourager le fiston qui est amoureux et dire que la fille est par contre « propriété de son papa » c’est aussi dire que « un mec qui pleure, c’est ridicule », c’est aussi te forcer à t’épiler alors qu’au final tu détestes ça, c’est répondre « tu verras, ça viendra » quand une fille dit qu’elle ne veut pas d’enfants… Tous ces gestes habituels relèvent aujourd’hui plus de la tradition que du véritable ressenti des citoyens. Le sexisme, ce ne sont pas que des « petites choses », c’est une problématique profondément ancrée dans la société et les comportements humains. À ta manière et selon tes besoins, tu es libre de rectifier l’équilibre dans ta vie, et celle de tes proches.

« Oui mais alors on ne peut plus rien dire »

Ça, c’est la réponse classique quand tu essaies de recadrer les paroles de certaines personnes. Déjà, je ne peux que t’encourager de leur rappeler que si supprimer les remarques vaseuses, sexistes ou offensantes de leur vocabulaire suffit à leur empêcher de s’exprimer, c’est qu’ils ont de sérieuses questions à se poser. Par ailleurs, il est important que souligner que les débats forment l’évolution des sociétés, et que si l’actualité permet de faire bouillonner les esprits, c’est que nous sommes dans une période fabuleuse d’évolution vers un mieux. La société se questionne sur ses actions, ses habitudes, se remet en question et ça, c’est la vraie victoire. 

« Tant qu’une seule femme sur la planète subira les effets du sexisme, la lutte des femmes sera légitime, et le féminisme nécéssaire » – Isabelle Alonso

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