Stop au tabou des règles : rencontre avec les super Nanas d’Paname pour en parler

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Les Nanas d’Paname ont créé autour d’elles un véritable collectif solidaire de femmes avec qui elles valorisent les notions d’égalité, de liberté et de sororité. En partageant leurs bons plans, leurs expériences, leurs valeurs sur les réseaux, elles font aussi naître de belles initiatives, comme celle avec Care Paris où elles ont décidé de parler ouvertement des règles, sujet encore trop tabou. Rencontre avec Lisa et Chloé, ces deux super nanas.

Chaque femme est unique, chaque femme a une histoire à raconter. Notre force réside dans nos différences, nos talents dans nos envies et de nos rêves naissante nos ambitions.

Chloé Bonnard, présidente co-fondatrice et photographe

Lisa, Chloé, vous avez créé le collectif il y a huit ans, en 2011. Parlez nous de ce beau projet, de vos projets.

Il rassemble des femmes porteuses d’initiatives (youtubeuses, artistes, entrepreneuses) des leaders dans leur domaine. Nous sommes parties d’un constat : à Paris, il y a beaucoup de projets très excitants qui voient le jour, mais les gens sont très individualistes. Les femmes avaient tendance à se tirer dans les pattes plutôt que de s’entraider. Nous voulions rassembler les femmes et lancer des projets ensemble pour retirer le tabou sur certains sujets de société, faire évoluer les consciences sur ces sujets. Parmi nos projets, il y a la campagne visuelle sur la Pride, le bodypositivisme, l’acceptation de soi quand on a un corps avec des cicatrices. Inspirer, c’est notre premier objectif, être des emblèmes auprès de la jeune génération pour leur dire d’oser, s’aimer, aller au bout de ses rêves, d’avoir confiance en soi.

Qui sont ces Nanas d’Paname ?

Il y en a de tout types. Il y a des nanas qui sont des ambassadrices auprès de notre communauté, qui réunit une cinquantaine de femmes. Nous avons cette volonté d’inclusion dans notre collectif, de plus en plus ouvert sous une autre forme, avec des projets de masterclass, d’animations, talks, discussions. Toujours dans le but d’inspirer.

Vous avez développé une campagne avec Care France, de quoi s’agit-il ?

C’est une association humanitaire qui milite pour le droit des femmes dans plusieurs dizaines de pays dans le monde. Elles militent pour les mêmes droits que nous, mais partout dans le monde. On se suivait depuis un moment. On se soutient et on les aide sur différents sujets. On est très proches et à l’écoute. Le sujet des règles nous tenait à coeur depuis longtemps. Quand Care nous a fait part de ce sujet, on s’est dit qu’on allait monter une opération ensemble via un crowdfunding, avec nos moyens de communication sous forme de campagnes visuelles avec des ambassadrices.

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JOURNEE INTERNATIONALE DES REGLES ✨ Briser un à un les tabous qui les entourent : depuis 2014, le 28 mai est la journée internationale de l’hygiène menstruelle. 🙌🏻 Parce qu’il est grand temps d’accepter la normalité des règles, de nombreuses initiatives émergent les unes après les autres. Après de longues années à les cacher, ne pas les représenter, @care_france agit dans 93 pays pour défendre les femmes et a fait des règles son sujet de prédilection en 2019. . Le but ? Sensibiliser hommes et femmes sur l’importance d’une hygiène menstruelle soignée. Parce que oui, en 2019 et dans de nombreux pays, les règles restent un énorme tabou. Pour certaines jeunes filles, le sujet ne sera jamais évoqué, pour d’autres ça sera l’interdiction de sortir de chez elles ou d’aller à l’école. En France, elles restent également tabous et seront rarement représentées 🙅🏻‍♀️ . . En cette journée dédiée aux règles, les Nanas d’Paname s’associent avec Care pour lever ces tabous et changer le regard sur le sujet. Retrouvez nous ce soir à la Bellevilloise pour la Period Party by Care avec @jemenbatsleclito @tristanlopin @noemie.de.lattre, @femmessingulières et de nombreux artistes ! 🔥 . . 📸 @chloebonnardphoto 🍑 @carolinedrogo . . #lesnanasdpaname #carefrance #periods #journeeinternationaledesregles #briserlestabous #powerofblood #respecteznosrègles

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Pourquoi la représentation des règles est-elle essentielle aujourd’hui ? On sait que le sujet est encore tabou, que des millions de jeunes filles et femmes sont stigmatisées par le manque de connaissance sur le sujet.

Ce qui compte, ce n’est pas la représentation des règles. L’idée, c’est de faire témoigner ces femmes sur le sujet. Elles ont choisi ce qu’elles voulaient pour représenter le sang, en vrai ou en imagé. C’est une campagne visuelle impactante et accrocheuse. Il y a eu une belle direction artistique, avec des visuels coup de point qui ont mis en avant le témoignage de ces femmes sur le sujet. Le problème est là, et pas forcément relié à la France, mais il y a des sujets à travers les règles qui sont vraiment d’actualité et qui sont basés sur des visions archaïques qu’il faut changer.

Quelle a été la réaction sur les réseaux sociaux ? Que pensez-vous des réactions négatives récoltées, par exemple ceux ou celles qui trouvaient cette campagne trop intime ou « dégoutante » ?

Au niveau des réseaux sociaux, on a eu énormément de retours positifs de notre communauté. On a eu quelques haters, c’est à chaque fois qu’on fait des campagnes. La campagne, ce sont des témoignages, ce qui très personnel et on ne peut pas le contredire. Mais il y a des différences avec Facebook et Instagram. Instagram est beaucoup plus ouvert, c’est une communauté vraiment engagée. Avec Facebook, c’est différent. Les gens sont plus centrés sur eux-mêmes.

Il y a une vraie incompréhension sur le côté « je ne comprends pas pourquoi on montre ça« . C’est bien aussi d’avoir ce genre de remarques pour replacer les choses : il y a quand même eu une jeune fille au Kenya qui s’est suicidée à 14 ans parce qu’elle avait été humiliée à cause d’une petite tache sur son pantalon. Avoir ses règles, ça ne devrait pas être considéré comme quelque chose de sale. C’est un état d’esprit qui doit changer. On a eu une réflexion assez choquante d’une femme qui nous disait « pourquoi pas un sujet sur le caca, c’est tout à fait pareil« . Il y a beaucoup de personnes, femmes comprises, qui pensent que c’est sale. Ça pose problème dans notre société urbaine actuelle, il faut réfléchir sur cet aspect. Ce n’est pas sale, c’est ce qui donne la vie.

Ce mouvement qui se lance sur les réseaux sociaux, c’est une tendance ou une réelle révolution ?

Chez les nanas de Paname, on est plutôt positives : le collectif a été créé pour ça, pour faire évoluer les consciences. Instagram, c’est juste un canal pour véhiculer les projets qu’on a, et c’est un canal important. Il nous permet de diffuser des informations de manière simple tout en restant vrai. Le problème d’Instagram, c’est qu’il y a eu beaucoup de fake. Des vies parfaites, des images de la beauté qu’on essaie de déconstruire. Ça a pu être très difficile auprès des jeunes notamment. La tendance s’inverse, je trouve ça très positif. Je ne suis pas sûre que ce soit une tendance. Les gens sont de plus en plus en quête d’authenticité, peu importe le canal.

Aujourd’hui, plus il y a d’actions et de comptes qui vont dans ce sens, le mieux c’est ! Ça permet de faire bouger les choses et de faire évoluer les consciences. Il y en a qui surfent sur la vague féministe, il y a énormément de marques qui se l’approprient. Moi je trouve ça très bien, ça permet de poser des mots sur le fait qu’être féministe n’est pas un vilain mot. Rappeler ce que veut dire le féminisme, ce n’est pas montre ses seins et être exécrable avec les hommes. Il faut savoir repérer les comptes authentiques. Si c’est une tendance, on s’en sert et c’est tant mieux.

C’est par le biais de l’image qu’on arrive à changer des visions. C’est moi qui ai fait la campagne (Chloé), je suis photographe de métier. Les règles, ce ne sont que des femmes ambassadrices et connues dans leur domaine. Love yourself project, ce sont des femmes pour qui c’était un défi de poser devant un objectif en dévoilant leur forme. Il y a eu un avant et un après, c’est une sorte de thérapie, un processus d’acceptation de soi, montrer une autre image du corps qui ne rentre pas dans les codes actuels.