Typh Barrow : ‘Notre corps nous envoie des signaux très forts, il faut savoir l’écouter’

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Longtemps comparée à un garçon, Typh Barrow a dû apprivoiser cette voix rauque et singulière avant de devenir la reine de la soul belge. Aujourd’hui, plus rien ne l’arrête : une tournée à guichet fermé, un premier album certifié disque d’or et un second tout neuf, en plus de son rôle de coach au sein de l’émission The Voice Belgique… Un succès mérité qu’elle doit, avant tout, à un long cheminement personnel. Pour In’fluence Magazine, elle se confie.  

Ta voix te vaut beaucoup de compliments. Pourtant, elle a été source de complexes par le passé…

Avec les années, j’ai compris que cette voix,  je ne pourrais pas la changer. J’essaie d’être plus douce envers moi-même. Je reste très critique, j’ai encore du mal à m’écouter d’ailleurs, ou à me regarder chanter, car tout ça est inscrit dans mon disque dur, mais petit à petit, je m’accepte. Ca paraît simple, comme ça, mais c’est tout un processus. Enfant, on ne se rend pas compte que nos failles peuvent devenir une force

Un processus d’acceptation qui est passé par l’écriture ? 

Grâce à l’écriture, je me sens moins limitée, c’est vrai. J’ai décidé de ne plus me cantonner aux standards, à Maria Carey ou à Whitney Houston, mais de composer mes propres morceaux. J’ai beaucoup expérimenté. Aujourd’hui, j’ai le sentiment d’avoir une voix « tout terrain ».  

Et jamais de frustration, alors ?

Quand on compose, on est seul face à son piano. On se met des deadlines, une certaine pression, et puis on se crispe. Ce qui est à éviter absolument! L’inspiration, elle arrive quand toutes les portes sont ouvertes, dans une forme de lâcher-prise. Je m’enferme pendant une semaine chez moi et je compose du matin au soir. Je n’ai toujours pas la recette magique, mais le lâcher-prise finit toujours bien par se faire.

Un jour, en plein concert, tu as perdu ta voix. Un événement traumatisant qui t’a poussé à faire vœux de silence pendant un mois ! Compliqué pour une chanteuse, non ?

Et c’était pourtant la période la plus apaisante de toute ma vie ! C’était passionnant, alors que ça aurait pu être très angoissant. Pendant un mois, je n’ai eu à me justifier de rien. On m’avait découvert un kyste que j’ai refusé d’opérer, je ne voulais pas qu’on touche à ma voix. À la place, j’ai choisi de mener une vie plus saine. J’ai tout revu : sport, sommeil, alimentation… Notre corps nous envoie des signaux très forts, il faut savoir l’écouter.

Photos : J. Van Belle – WBI

Un véritable déclic que tu as également accompagné de séances de méditation au Venezuela...

Il y n’y a pas d’échec dans la méditation. Méditer, c’est s’offrir un moment rien qu’à soi : accepter son flot des pensées pour ensuite s’en détacher. Beaucoup ont des a priori, alors que c’est juste prendre le temps de respirer et de faire le vide. J’essaie, encore aujourd’hui, de m’accorder ce genre de pauses, mais dans une chambre d’hôtel, c’est forcément moins facile qu’au beau milieu de la nature.

Enregistré à Londres et à Bruxelles, ton premier album « RAW » a été un véritable succès. Tu viens de sortir second, Aloha. C’est un album qui s’inscrit dans la continuité ?

Il me ressemble, tout comme le premier, mais je pars du principe qu’il faut constamment se réinventer, se remettre en question. Avec Replace et Doesn’t really matter, mes deux derniers singles, j’avais envie d’une musique pop et entrainante. Les thèmes y sont graves, mais j’ai essayé d’amener un peu de légèreté et d’ironie. Il faut savoir dédramatiser! Après, il y aura forcément des titres un peu plus sombres – la musique reste mon exécutoire.

Le développement personnel se dégage comme thème de cette interview. Du coup, je ne vais pas te demander « dans 10 ans, tu te vois où » ? Mais plutôt, dans « 10 ans, tu te vois comment » ?

C’est compliqué comme question. Il y a dix ans, je me projetais beaucoup, je t’aurais surement développé un business plan ! Mais j’ai compris que les attentes créent la déception, tout comme le contrôle engendre la frustration. J’ai appris à savourer l’instant présent, j’ai confiance en moi ainsi qu’en l’univers. S’épanouir, c’est le travail d’une vie.