Violanski: les droits des femmes sacrifiés sur l’autel du patriarcat

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Ce vendredi 28 février, Roman Polanski se voit offrir le César de la meilleure réalisation. Un prix qui met particulièrement l’accent sur le réalisateur lui-même, malgré le contexte que l’on connait autour du réalisateur/agresseur. Le cinéma n’aurait donc pas d’honneur, et la contestation moins de force que les paillettes.

Prendre la plume après une nouvelle pareille n’est pas simple. On a décidé d’attendre deux jours avant d’écrire cet article pour prendre le temps d’analyser la situation ainsi que les réactions. Si tu vis dans une grotte, tu n’as peut-être pas entendu que Roman Polanski (oui, oui, le violeur de gamines) a reçu le César de la meilleure réalisation pour son film « J’accuse » (how fitting, il n’est pas le seul!).

Vendredi soir, la société a lancé une nouvelle offensive envers celles et ceux qui se battent contre les violences faites aux femmes. Pour rappel, l’année dernière, la France recensait 122 féminicides. En sacrant un violeur de meilleur réalisateur, l’académie des César et ses votants lui offrent un prix personnel, une consécration insoutenable pour toutes les victimes de violences, pour toutes ces femmes qui ont osé parler.

On pense au mouvement #MeToo qui se félicitait, pas plus tard que la semaine dernière, d’obtenir une première victoire symbolique lors de la condamnation d’ Harvey Weinstein après des années de combat.

Ce César est une consécration qui devrait être insoutenable pour tous, et pas que pour les femmes. Ce geste prouve encore si nécessaire la toute puissance de notre société patriarcale qui valorise l’argent et les hommes blancs cis avant tout. Je vous invite d’ailleurs à lire la Tribune de Virginie Despentes, autrice féministe, pour Libération.

« Séparer l’homme de l’artiste »

On aimerait dire que toutes les femmes se sont rassemblées autour de cet évènement, que les féministes ont enfin été comprises et que les victimes ont enfin été entendues. On aimerait dire que tout est simple, que tout est gagné. Malheureusement, les nombreuses réactions pro-polanski prouvent le contraire.

Entre Brigitte Bardot qui prône « la liberté de sa vie privée » et Emmanuelle Seigner qui juge les enfants victimes de « folles hystériques en mal de célébrité » en passant par la phrase la plus entendue à ce jour « il faut dissocier l’oeuvre de l’artiste », on comprend bien que la révolution est encore loin.

Comment dissocier l’oeuvre de l’homme quand le corps qui crée est le même que celui qui détruit? De quel droit le talent ou l’art peut primer sur la justice? Comment, en 2020, l’art peut-il encore se complaire dans sa position élitiste, lui conférant tous les passe-droit ?

En réalité, ce que cet évènement nous démontre, c’est que certains milieux sont si imprégnés de sexisme institutionnalisé et historique qu’ils ne peuvent s’en défaire aussi facilement.

Il existe des mots qui sont, parfois, difficiles à poser. Des espoirs qui deviennent fragiles. Mais il est primordial de constater les effets notables de la contestation. Les articles concernant la « victoire » de Polanski ne peuvent plus passer au dessus de la couverture de sa contestation. Et aucune de nos actions n’auront été inutiles. Car même si le chemin est encore long, cet évènement a montré la force des femmes, la mobilisation sur les réseaux sociaux atteint des sommets et dépasse de loin les frontières de la France.

J’espère que cette offensive patriarcale renforcera nos rangs, aidera et éduquera les plus jeunes. Alors que les coupables se terrent et se cachent, nous n’avons jamais été aussi présentes et visibles. Nous refusons d’être discréditées, nous refusons de rester silencieuses. Nous sommes fortes, nous sommes fières et féministes et radicales et en colère.

Aujourd’hui, je remercie Adèle Haenel, Florence Foresti, Virginie Despentes, Irène Rose, Elvire Duvelle-Charles et Sarah Constantin de @clitrévolution, le mouvement @noustoutes, aux précurseuses du mouvement #MeToo et à toutes les victimes qui ont pris la parole.

Mais bien au-delà, je remercie toutes les féministes de tous les âges, qui se sont battues pour nos droits. D’Olympe de Gouges aux Suffragettes en passant par Simone Veil et les sorcières de l’inquisition. Nous sommes les héritières de cette révolution, les réseaux sociaux nous offrent un nouveau médium de communication, nous nous devons de l’utiliser, de nous battre et de continuer, en gueulant. Et c’est parfaitement ce qu’on compte faire.

On se lève. On se casse. On gueule. On vous emmerde.

Virginie Despentes