Violences policières, racisme systémique: pourquoi nous sommes tou.te.s coupables

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Suite au meurtre raciste de George Floyd lundi dernier, celui de Breonna Tyler, de Ahmaud Arbery et de tant d’autres. Je reviens avec un billet d’humeur, politique, engagé, et énervé. Tu es prévenu, il faut qu’on parle.

Je vais pas te résumer les faits, tu les connais. Tu as vu la vidéo, comme moi et tu as surement été aussi horrifié que moi, et que le reste du monde. Je vais pas non plus retranscrire l’histoire des violences policières aux États-unis, tu la connais aussi (et sinon Google est ton ami). Non, ce que je vais faire, c’est t’expliquer ce qu’est le racisme systémique, et en quoi tu (et moi) sommes coupables ou complices de cette société, et ce qu’on peut faire pour y remédier.

Constat: le racisme ne s’aggrave pas, il est filmé

Depuis quelques années, on pourrait croire que le racisme et les attaques envers les personnes non blanches, et noires en particulier, sont en recrudescence. Sauf que non, tout cela est juste filmé, et rendu public. Grâce à l’avènement des réseaux sociaux, nos canaux d’information se sont élargis et nous ne pouvons plus nous cacher derrière notre ignorance.

Les images insoutenables de l’agonie de George Floyd brisent cette excuse. Je te mentirais si je te disais que je suis surprise de ces meurtres, la vérité, c’est que je ne le suis pas. Comment le pourrais-je? Cette violence ne s’arrête jamais et continue de faire des victimes depuis la nuit des temps. Le MÊME jour que le meurtre raciste de Georges Floyd, une autre vidéo a fait le buzz sur la toile. On y voit une femme blanche appeler la police inventant qu’elle se faisait agresser par un Afro-américain. La raison de cet appel? L’homme lui a demandé d’attacher son chien en laisse.

Suite à ce buzz, cette femme a perdu son emploi, son chien et subit les conséquences de ses actes. Mais que se serait-il passé si Christian Cooper n’avait pas eu le réflexe de filmer cette altercation? Il se serait fait arrêter, au mieux, ou, au pire, aurait subi le même sort que Georges Floyd, ou l’incalculable nombre de victimes de crime raciaux.

Prise de conscience: les privilèges blancs

L’affaire #AmyCooper illustre un problème bien plus large de notre société: les privilèges blancs. C’est un fait: en tant que personne blanche, je suis privilégiée par rapport à une personne noire. Le racisme est un système, il ne s’agit pas simplement de labéliser les « racistes » et « non racistes ». Les premiers étant au coeur du problème et les derniers en dehors. Nous (personnes blanc(he)s) faisons partie intégrante de ce système car nous en bénéficions chaque jours. Je t’invite à lire entièrement ce post ci-dessous dont je vais traduire certains passages. À la fin, il cite quelques ONG anti racisme et pro-noir auxquelles il propose de faire des dons.

« Toutes les personnes blanches profitent du racisme institutionnalisé. Cela ne veut pas dire que toutes les personnes blanches haïssent les personnes de couleur – ça veut dire que nous profitons tous, encore, de cette oppression persistante. Nous profitons des programmes scolaires eurocentriques, nous profitons du profilage racial, nous profitons des blagues racistes. »

« Après que sa vidéo soit devenue virale, de nombreuses personnes ont présumé qu’elle était une collectionneuse d’armes supporter de Trump, mais elle ne l’est pas. Le racisme n’est pas confiné au sein des lignes d’un parti politique. Supposer que les personnes blanches qui s’engagent pour et profitent du racisme sont des conservateurs est un mythe dangereux. Nous devons TOUS nous sentir responsables. Non pas parce que nous sommes tous des « personnes diaboliques », mais parce que nous profitons tous d’un « système diabolique ».

Le racisme est un spectre, contenant plusieurs niveaux de comportements inconscients et encrés, renforcés par la société tous les jours. Ce n’est pas: soit tu es raciste, soit tu ne l’es pas. C’est dans quelles mesures as-tu des préjugés, contre qui et pourquoi?

Padma Lakshmi

Ce caractère systémique du racisme peut être intimidant. Il est difficile de se considérer comme faisant partie du problème, quand on a la conviction de se battre contre celui-ci. Je le comprends parfaitement puisque je suis passée par ce stade moi-même. Il est cependant indispensable. Comme l’explique Matt Bernstein dans sa publication, ce constat ne veut pas dire que nous sommes tous mauvais. Nous devons justement nous servir de ce fait pour utiliser nos privilèges à bon escient.

Voici un autre post vachement bien foutu, que je t’encourage à lire en entier, pour comprendre ces privilèges (parce que c’est le plus important, donc vaut mieux retaper sur le clou):

« Qui ne dit mot consent » et comment utiliser ta voix

Se taire n’est plus une option, je pense que tu l’as compris maintenant, nous DEVONS utiliser notre voix pour défendre ceux qui sont forcés au silence. Ci-dessous, tu trouveras ce qu’Ericka Hart présente comme « l’iceberg de la suprématie« , qui est très instructif.

Certains sont d’une logique implacable, mais j’aimerai mettre l’accent sur quelques-uns, peut-être moins évidents, ou qui peuvent partir d’une bonne intention (maladroite, genre vraiment maladroite):

  • L’expertise blanche: SI TU N’EST PAS NOIR, TU NE PEUX PAS SAVOIR. C’est aussi simple que ça, tu peux porter la parole, évidemment, c’est ce qu’on te demande, mais jamais tu ne seras mieux placé qu’un intéressé. Un exemple? Inviter UNE personne noire (max, parfois il n’y en a pas) pour débattre de la représentation des personnes de couleur lors d’un débat télévisé. C’est un peu comme des hommes qui débattent du corps des femmes (tu comprends mieux?).
  • « Nous sommes tous égaux »: On l’a beaucoup entendu celui-là avec la pandémie actuelle. Sauf que non, on n’est pas tous égaux (si tu l’as pas encore compris, retourne lire le paragraphe sur les privilèges blancs) et cette maladie nous l’a bien prouvé. Du coup, la bannière « on est tous des humains » ne sert à rien, elle servirait dans un monde utopiste où l’égalité des chances serait assurée mais c’est pas le cas. Il faut reconnaître l’oppression et la dénoncer telle qu’elle est.
  • Le mythe de la méritocratie: Comme le point précédent, dans un monde égalitaire, ce spectre pourrait être intéressant (on se retrouverait plus avec des incapables tenant la bombe nucléaire dans leurs mains => coucou Donald). et le monde ne serait plus entre les mains de vieux hommes blancs. Malheureusement c’est pas le cas, et avant de parler de « mérite », il faut parler d’accès à l’éducation, d’égalité des chances, …

Et chez nous?

Depuis le début de cet article, je te bassine avec les Etats-Unis, parce qu’ils sont quand même les champignons (champignon/champion? Tu l’as? Pas drôle? Je sais, j’essaie) en la matière. Cependant, ne fais pas l’erreur de croire qu’on gère mieux chez nous. Pas plus tard que samedi dernier, la chanteuse Camélia Jordana dénonçait les violences policières en France sur le plateau d’On n’est pas couchés.

Ses propos ont créé une intense polémique sur les réseaux sociaux. Christophe Castaner, le ministre de l’Intérieur a même qualifié ses propos de « mensongers et honteux«  et a même envisagé de la poursuivre en justice (bon après réflexion, il l’a pas fait, on se demande pourquoi…). Depuis le confinement, la question est revenue sur la table suite à la publication de nombreux abus de pouvoirs de la part de policiers en banlieue pendant les contrôles d’application des mesures.

Ce qui m’a heurté lors de ce débat, c’est la réaction de Philippe Besson, écrivain, tenant le rôle de témoin de l’émission aux côtés de la journaliste Valérie Trierweiler. « Les violences sont minoritaires, 95% des flics font bien leur boulot » ou encore « Eux aussi sont parfois attaqués quand même », ces réponses m’ont fondamentalement dérangée car elles minimisent le combat, comme le dit Camélia Jordana « c’est l’arbre qui cache la forêt ».

J’ai l’impression qu’aujourd’hui, les pouvoirs politiques européens et l’opinion publique semblent sourds. Les USA sont devenus, sur l’échelle de l’acceptable, une sorte de point de non-retour. Et à en croire la politique européenne, tant qu’on n’en est pas arrivé là, tout va bien. Il est cependant important de se souvenir d’Adama Traoré, tué pour avoir fui un contrôle d’identité. Il est nécessaire de se poser la question du racisme systémique chez nous également.

Nous avons eu Adama Traoré. C’est notre George Floyd. Si si, ça peut arriver en France, simplement moins souvent qu’aux US.

Claudy Siar, ancien délégué  interministériel pour l’égalité des chances des Français d’Outre-mer

Que faire?

J’ai presque envie de commencer ce paragraphe par ce qu’il ne faut pas (ou plus) faire. Tout d’abord, il faut arrêter de minimiser la situation, arrêter de penser que ce racisme est le propre des « méchantes personnes ». Cela passe par arrêter les blagues, ne plus propager de stéréotypes sur les personnes de couleur. Ensuite, il est important de s’informer, soi-même, et non pas auprès de nos amis noirs qui ont déjà bien assez de pain sur leur planche pour en plus prendre en charge notre éducation. Regarde des reportages, écoutes des podcasts, lis des livres, et lis le posts ci-dessous.

Concernant ce que nous pouvons faire, je pense qu’il est important de veiller à ce que ce débat reste au coeur de l’opinion publique, et au coeur de l’agenda politique. Il faut en parler, il faut accepter nos propres privilèges (jamais deux sans trois, ça vaut la peine) pour s’en servir contre le racisme systémique. Il faut éduquer nos enfants, nos familles, nos amis, plus que jamais, à sortir de ce système. À plus petite échelle, c’est refuser et s’opposer à chaque oppression observée, que ce soit dans votre milieu familial, professionnel, dans les transports en commun, dans la rue, … Ne laissez pas passer, ne laissez plus passer le racisme systémique. ET surtout, surtout, ne pas uniquement partager une photo, ou prendre parti quand une personne meurt.

Évidemment, il est primordial de soutenir les organisations antiracisme qui ont besoin de fonds. Et qui, elles, sont sur le front et sont confrontés tous les jours à ce système. Elles savent exactement ce dont les communautés ont besoin.

Et enfin, je t’encourage à défendre les causes qui te tiennent à coeur, à défendre tes idées, à ne pas avoir peur d’être politisé et engagé parce que notre monde l’est et (guess what?) tu fais partie de ce monde! Pour terminer cet article je te laisse sur ce post qui t’apporte des pistes pour agir. Allez, va publier tes opinions maintenant, ne sois pas seulement « non raciste » mais sois antiraciste, et que tout le monde le sache!

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In an essay for the New York Times, acclaimed professor, award-winning author, and director of the Antiracist Research & Policy Center, @ibramxk dove into the topic of how to combat racism: ⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀ “No one becomes “not racist,” despite a tendency by Americans to identify themselves that way. We can only strive to be “anti-racist” on a daily basis, to continually rededicate ourselves to the lifelong task of overcoming our country’s racist heritage. We learn early the racist notion that white people have more because they are more; that people of color have less because they are less. I had internalized this worldview by my high school graduation, seeing myself and my race as less than other people and blaming other blacks for racial inequities. To build a nation of equal opportunity for everyone, we need to dismantle this spurious legacy of our common upbringing.” ⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀ In order to do this, we have to educate ourselves. We can learn about covert white supremacy, follow organizations leading the way for racial equity and justice, watch films, listen to podcasts, and read books. This doesn’t need to be seen as a chore, but can instead be seen as an opportunity — an opportunity to better understand ourselves, love our neighbors, and become the change we wish to see. #AntiRacism #BecomeGoodNews ⠀⠀ — Link to resources in bio

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